
Peut-on donner à un autre ce que l’on ne possède pas? On dit toujours que les cordonniers sont les plus mal chaussés, mais en effet, on observe assez souvent qu’on fait pour l’autre ce qu’on n’arrive pas à faire pour soi. Richard Bach dit dans son livre Le Messie récalcitrant qu’on enseigne le mieux ce qu’on a le plus besoin d’apprendre. Cela peut être interprété de deux manières. D’abord, on se retrouve souvent à enseigner diverses leçons aux autres à notre insu. Mais aussi, parfois nous voyons vraiment mieux chez l’autre ce que nous ne parvenons pas à voir en nous, par conséquent nous arrivons à mieux guider, aider et soigner l’autre pour des problèmes que nous sommes incapables de résoudre lorsque ces problèmes sont présents chez nous. Ainsi, nous avons l’exemple de conseillers conjugaux dont le mariage est un vrai chantier, de psychologues dont les déséquilibres psychiques feraient peur mais qui s’avèrent cependant être bons dans leur métier, d’assistantes maternelles incapables de s’occuper de leurs propres enfants mais qui gèrent efficacement les enfants des autres.
L’une des explication qui me vient à l’esprit est que nous pouvons mieux voir ce qui est à l’extérieur de nous car nous serions plus objectifs et de ce fait, nous pouvons mieux traiter des problèmes qui (en apparence) ne nous appartiennent pas. Oui, mais… Ne risquons-nous pas, malgré tout, de ne pas offrir une aide efficace à long terme, si nous avons les mêmes problèmes que nos consultants, clients, patients? Ou, au contraire, en les aidant, nous nous aidons aussi car après tout, la dualité n’est qu’illusoire? « Ce que je fais pour toi, en réalité je le fais pour moi, et inversement. »
Tout cela m’amène aussi la « grande question »: Peut-on aimer quelqu’un d’autre si l’on ne s’aime pas? Peut-on donner de l’amour si l’on n’en a jamais reçu? Tous les sages et « spécialistes » disent que non. Mais certains ajoutent ensuite que même si nous ne nous aimons pas, nous pouvons quand même apprendre à nous aimer. Ce chemin est plus difficile, certes, mais il est faisable. De ce fait, le processus devrait être valable aussi dans l’apprentissage de l’amour pour un autre être humain. S’il est vrai que la dualité n’est qu’une illusion et que moi et l’autre ne faisons qu’un sur le plan cosmique, cela voudrait dire qu’en apprenant à m’aimer j’apprends à aimer l’autre et que cela se produit simultanément.
Donc, même si je ne m’aime pas, je pourrai quand même apprendre à m’aimer et donc à aimer l’autre. Il y a aussi le fait que, même si nos parents ne nous ont pas véritablement aimés, nous ne « provenons » pas de nos parents, mais de la Source – par conséquent, nous connaissons déjà l’amour avant de nous incarner dans cette vie. De ce point de vue, tout ce que nous avons à faire est de nous rappeler comment aimer. L’apprentissage de l’amour n’est en réalité qu’une révision, nous réapprenons à aimer car nous avons tous l’amour en nous.
Il est rare, en effet, qu’une personne s’aime d’emblée au point de n’avoir aucun besoin de réparer ou de compenser des manques affectifs issus de l’enfance quand elle entre en relation avec quelqu’un à l’âge adulte. Sinon, la plupart des relations seraient harmonieuses et épanouissantes, or, l’expérience humaine montre que ce genre de relations sont plutôt une exception qu’une règle – du moins, au début. D’où tout le travail que nous avons à effectuer au sein de nos relations pour qu’elles reflètent notre véritable nature – et celle-ci est par défaut aimante et bienveillante. Plus nous apprenons à nous aimer et à voir le meilleur en nous et plus nous apprenons à aimer l’autre et à voir le meilleur en lui.
En revanche, si je ne fais que me détester et si je suis mon pire ennemi, alors je ne verrai en l’autre que ses pires défauts – qui sont en réalité mes propres défauts que je refuse d’admettre en moi, ou que je refuse de manifester par peur de déplaire ou d’être une mauvaise personne.
L’exemple qui me vient à l’esprit est issu de ma vie personnelle. Je suis une personne qui a passé une grande partie de sa vie à refouler sa colère et son agressivité. Au mieux, je les exprimais passivement, au pire, c’étaient mes partenaires intimes qui exprimaient souvent la colère à ma place. Bien sûr, mon inconscient les choisissait « colériques » voire agressifs – pour qu’ils puissent refléter ma propre colère et que j’apprenne à admettre son existence en moi et qu’ensuite, j’apprenne à la gérer. Mais ce qui se produisait souvent c’était que mes partenaires me reprochaient d’avoir provoqué leur colère – en d’autres mots eux-mêmes n’étaient pas conscients de toute la colère et agressivité qu’il y avait en eux. Nous avions donc un peu la même problématique. Et nous avions tous les deux besoin d’apprendre à reconnaître et à exprimer sainement notre colère, besoin d’apprendre à nous aimer et à nous accepter avec cette colère, et d’apprendre à aimer et accepter l’autre personne qui avait le même défaut que nous – pour pouvoir travailler dessus de manière constructive.
Tout cela reste cependant enfermé dans notre expérience terrestre – notre part divine n’a pas besoin de l’apprendre. Au mieux, elle aura besoin de parfaire cette capacité à aimer – d’où les épreuves et les apprentissages qui se présentent à nous au cours de notre vie et qui ont pour but de nous faire prendre conscience que nous sommes Amour. Il nous suffit de nous le rappeler. Pour ça, nous devons nous dépouiller de l’ego et déjouer ses pièges qui nous font nous sentir mal-aimés, petits et indignes. Au contraire, nous sommes des « petits dieux » en devenir et notre tâche est d’en prendre conscience et de cheminer vers cette version de nous-mêmes, tout en inspirant nos autres « nous » à en faire de même.
Quel beau programme, n’est-ce pas?

« Lorsque j’aime vraiment, je me dépasse, et, en me dépassant, j’évolue. Le véritable amour est régénérant. Plus j’encourage l’évolution spirituelle des autres, plus j’encourage la mienne propre. Je suis totalement égoïste. Tout ce que je fais pour autrui, je le fais pour moi-même. Et en évoluant par l’amour, ma joie grandit aussi, toujours plus présente, toujours plus constante. »
M. Scott Peck, Le chemin le moins fréquenté

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