
Il y a deux jours je me sentais au fond du trou et extrêmement triste, quand j’ai réalisé que cela allait bientôt faire trois ans que j’avais perdu mon père. J’en ai parlé à une amie et elle m’a proposé de faire un rituel « en hommage à nos pères » (le sien, toujours de ce côté de la vie, et le mien, de l’autre). Nous avions des choses à dire à nos pères et des choses à « absorber en nous » pour nous habiter de manière authentique et mieux suivre notre propre chemin.
Nous voilà donc parties pour une soirée forte en émotions, confidences et impressions. Nous flânions au gré de nos envies, inspirations et discussions à travers la ville, et ce qui devait être au départ une courte entrevue en fin d’après-midi s’est transformé en une magnifique longue soirée dont le point culminant a été ce rituel, « au-dessus de l’eau » – point que nous avons mis du temps à atteindre, à force de nous faire distraire de notre but, mais qui nous a fait le plus grand bien.
J’ai été surprise de constater à quel point cela a été bénéfique pour moi – je pense à Jodorowsky et à sa « psychomagie ». Bien sûr, notre démarche était très loin de ce genre d’actes, mais même ce petit acte symbolique a résonné fort en moi et a produit un déclic très bénéfique. Cela m’a rendu plus sereine et plus reconnaissante envers la Vie pour tous ces petits et grands cadeaux qu’elle m’offre et dont je commence désormais à la remercier quotidiennement. Un de ces cadeaux a été cette soirée, et avant cela, cette amie qui vibre souvent à ma fréquence.
Et avant cela, ce père que j’ai eu et qui, durant toute ma jeunesse, a été source de conflits (à l’intérieur et à l’extérieur de moi). Je pense que je n’arrivais pas à voir le bon côté de l’héritage psychique (mais aussi intellectuel et physique) qu’il m’avait laissé. Quand il est décédé, j’en ai souffert bien sûr, mais j’ai souffert en grande partie de perdre le père que je n’avais jamais eu. On veut souvent autre chose que ce qui est et l’on ne se rend pas toujours très bien compte des trésors cachés qui se présentent à nous tout au long de notre vie.
Au final, je me suis rendu compte que mon père m’avait laissé beaucoup plus de cadeaux que je ne réalisais jusqu’à présent. Et qu’il y en a plein dont je suis même fière. Et que, grâce à ses cadeaux, je peux continuer à suivre mon chemin et à réaliser mon plein potentiel. Je n’avais pas besoin de me débarrasser de quelque chose mais d’intégrer le fait que, malgré tous ses défauts, mon père m’a laissé quelques trésors que j’aurai tout intérêt à utiliser et à mettre en valeur pour vivre une vie qui me correspond.
Aujourd’hui, cela fait précisément trois ans qu’il est parti. Et hier soir je l’ai remercié pour tout ce qu’il m’avait laissé en héritage. Je lui ai demandé de m’insuffler la force de tenir debout, à cheminer avec courage et détermination vers ma propre destinée, de m’aider à me sentir protégée par sa présence invisible, à défendre qui je suis en toutes circonstances et à vivre à l’unisson de mes valeurs personnelles, sans me nier et sans (plus) tomber dans des dépendances psychiques démoralisantes.
La force du père est celle qui nous aide à tenir notre cap, à habiter notre centre et à ne pas nous laisser déboussoler et dériver au gré des circonstances extérieures, quelles qu’elles soient. L’énergie du père est celle qui fait en sorte que nous n’ayons plus peur du vide car nous savons que nous pouvons toujours nous appuyer sur sa présence invisible – que nous avons intégrée en nous et grâce à laquelle nous sommes extrêmement solides.
J’ai demandé au père que j’ai eu d’être aussi celui que je n’avais jamais eu pour m’aider à sortir de ma coquille et à affronter le monde. La mère est la matrice où nous naissons et où nous nous développons en tant qu’être, mais le père est le tuteur qui nous aide à faire, à composer avec le monde, à nous tenir debout et à nous élancer vers le ciel pour trouver notre place dehors, à nous sentir forts et légitimes dans ce que nous sommes. Je dirais que la mère est l’énergie absolue de l’amour, et que le père est l’amour en action. Les deux sont complémentaires.
J’ai ainsi décidé de laisser à mon père « l’opportunité », depuis l’au-delà, de réparer les erreurs envers moi durant sa vie terrestre et de me permettre à présent d’intégrer ce que j’avais l’impression qu’il ne m’avait jamais donné. En réalité, il me l’a donné – et je suis en train de l’incorporer à mon psychisme car de toute façon cela fait partie de moi.
Aujourd’hui est un jour où je rends hommage à mon père et je le remercie pour tout ce qu’il m’a donné.
