
Je discutais l’autre soir avec un ami cher à mon cœur autour d’un verre de Margarita, et nous avons longtemps parlé des questions du couple et de la relation. Lui est en couple depuis bien longtemps et a pu expérimenter toutes les facettes d’une relation sérieuse et durable, et plutôt épanouie au bout de tant d’années. De mon côté, la question « fil rouge » est revenue sur le tapis, à savoir: « Qu’est-ce qui maintient deux personnes ensemble dans la durée, en tant que couple solide et épanoui, avec tous les hauts et bas qui s’en suivent? »
Nous avons été d’accord que l’amour est un ingrédient indispensable mais de loin insuffisant quand deux personnes veulent rester ensemble pour cheminer vers la construction de quelque chose de valable et de durable. Il leur faut avoir la volonté de s’engager l’une envers l’autre – dans quelque chose qui les maintiendra ensemble par la suite, même lorsqu’il leur viendra l’idée de se séparer, afin qu’elles ne puissent quitter la relation sur un coup de tête.
Il leur faut mettre quelque chose en commun pour faire vivre le couple, le reconnaître en tant qu’entité à part avec toute la place qui lui revient, former une équipe, avoir des projets ensemble, définir une direction commune, créer un « socle » qui leur servira de base à partir de laquelle ils vont pouvoir ajouter d’autres briques à chaque étape de la construction d’une vie à deux. Il faut « cimenter » une base d’engagement solide qui permettra aux deux partenaires de résoudre les problèmes sans craindre que leur couple ne vole en éclats à chaque crise – car des crises, il y en aura tout au long de leur vie.
C’est quoi ce « ciment » alors? D’un côté, il y a le « ciment extérieur » – matériel, social ou physique -, comme l’achat d’une maison, un projet d’enfant, voire un contrat officiel, tel que le mariage. C’est banal mais cela fonctionne, à condition bien sûr que ce ne soit pas la seule chose qui les maintiendra ensemble. Il ne s’agit pas ici de chercher à s’enchaîner d’emblée ou de s’emprisonner à vie, mais, une fois qu’on a le désir d’être avec la personne qu’on aime, de prendre la décision de s’engager envers elle et de maintenir ensuite cet engagement suffisamment longtemps pour rendre possible la construction d’une relation solide et saine, étape par étape. Un peu à l’image du plan de construction d’un bâtiment – il y a une base, et plusieurs étapes, et cela ne se fait pas en trois jours.
Le ciment de cette construction pourrait être aussi quelque chose de beaucoup moins banal, comme s’atteler à un projet créatif, scientifique ou politique pour contribuer ensemble à l’amélioration de la société dans laquelle on vit – l’histoire est pleine d’exemples de couples mythiques qui ont changé le monde. Mais l’engagement dans une direction de vie commune est indispensable, car il permet de faire naître et maintenir la confiance, et cela crée pour les deux partenaires une structure sécurisante – pour les astrologues, disons que cela a un peu à voir avec les fondations saturniennes. (Rappelons-nous cependant que Saturne agit, certes, en constructeur mais s’il est pétri de peurs ou si les fondations sont bancales il peut finir par se comporter en saboteur.)
Or, aucune relation ne peut survivre à l’insécurité permanente, ou même récurrente. Si l’on sent que notre couple est constamment menacé d’éclater, si notre partenaire nous dit « je te quitte » tous les trois matins, forcément on a du mal à se projeter avec et, peu importe à quel point on l’aime, on n’arrive pas à s’investir suffisamment dans la relation.
De l’autre côté, il y a également le « ciment intérieur et psychique » – souvent inconscient – qui fait que nous nous sentons liés à cette personne même quand par moment tout semble nous séparer. Nous pouvons avoir de nombreux conflits avec notre partenaire et vouloir le quitter à chaque dispute, être parfois frustrés et exaspérés d’être avec et de vivre avec, et pourtant, nous sentons au fond de nous que nous avons besoin de lui. Il ne s’agit pas ici de besoins basiques de survie. En réalité, nous sentons au fond de nous que nos psychismes s’imbriquent parfaitement et que nous sommes les deux cotés d’une même pièce, que nous sommes en réalité beaucoup plus liés que nous ne voudrions l’admettre. Nous avons besoin de la dynamique de notre relation pour nous réaliser en tant qu’êtres complets- on rejoint encore ce que l’on disait précédemment sur le but des relations. Il peut s’avérer que la dynamique de notre relation, malgré toutes les difficultés qu’elle implique – mais souvent même à cause d’elles – nous maintient du côté de la vie.
J’ai repensé à mes parents qui ont passé une grande partie de leur vie à se disputer (et à faire l’amour). Pour moi ce n’était pas l’exemple d’une relation harmonieuse et pourtant, en dépit de leurs conflits insurmontables (et de leurs Lunes incompatibles -toujours avis aux astrologues), ma mère disait souvent qu’elle avait épousé l’homme de sa vie et que si c’était à refaire elle le referait sans hésitation.
Elle n’arrêtait pas de dire que la plupart des gens ne pouvaient que rêver d’un tel amour, de la lune de miel qu’elle et mon père avaient eue, des idéaux qu’ils avaient incarné ensemble dans leur jeunesse. La seule chose qu’elle regrettait (mais qui était tout de même importante), c’était qu’au cours de leur vie commune, quand la réalité les a rattrapés, ils n’aient pas su mieux conscientiser leurs problèmes pour travailler dessus et utiliser les ressources qu’ils avaient pour dépasser les conflits qui les opposaient et construire une relation plus épanouie.
Quand mon père est décédé, ma mère l’a remercié de n’avoir jamais renoncé à elle et d’avoir choisi de continuer son chemin à ses côtés durant toutes ces années. Elle était toujours amoureuse de lui, après toutes ces années.
Je pourrais aussi citer mes grands-parents, qui étaient également un exemple de couple tumultueux et leurs sujets de dispute étaient toujours les mêmes, au point de nous faire souvent rire, moi et mon frère, car au final on se croyait au théâtre quand on était témoins de leurs perpétuelles chamailleries. Quand ma grand-mère est décédée, mon grand père était à ses côtés. La dernière chose qu’elle lui a demandé a été: « As-tu mangé aujourd’hui? » La dernière chose qu’il a faite avant qu’elle ne meure était de l’embrasser.
Mon grand-père aimait dire que son mariage avec ma grand-mère était un mariage d’amour. Pourtant, leur vie était loin d’être un conte de fée. Mais pareil, quand j’ai demandé à ma grand-mère – qui s’est mariée à mon grand-père en novembre -, si elle n’avait pas eu trop froid le jour de son mariage, elle m’a répondu: « Non, j’étais amoureuse et heureuse. » Elle avait pourtant attendu mon grand-père durant 3 ans, le temps qu’il fasse son service militaire, et ils ne s’étaient vus qu’une ou deux fois durant cette période.
L’amour est un choix, en fin de compte. Le choix de rester avec la personne que l’on aime pour construire une vie ensemble – parce que c’est précisément cette personne-là que nous aimons et non quelqu’un d’autre avec qui nous pourrions peut-être avoir une vie plus facile et nous entendre mieux au quotidien (par exemple).
Cela me fait penser à une citation de Lao Tse que j’avais notée dans mon petit « Carnet des citations »:
« Si deux chemins s’offrent à toi, choisis toujours celui qui est le plus difficile – c’est celui qui te révélera. »
J’avais retrouvé cette citation au moment où je me demandais si je devais mettre fin à une relation difficile avec une personne que j’aimais pour choisir une voie moins tumultueuse. C’était le signe qui a confirmé l’impression que j’avais: qu’en fuyant cette relation, j’allais fuir un aspect important de moi-même – et probablement fuir une leçon de vie importante nécessaire à mon évolution.
C’est peut-être la raison pour laquelle je ne me résous pas facilement – voire pas du tout – à être avec une personne que j’aimerais moins et avec qui j’aurais une vie plus facile et moins tumultueuse, plutôt que d’avoir une relation plus vivante et mouvementée (et avec un meilleur potentiel créatif) avec une personne que j’aimerais de tout mon cœur et de « toutes mes tripes ».
L’expérience montre qu’on ne trouve pas tous les jours une personne que l’on peut aimer de tout son cœur et de toutes ses tripes, et vouloir être avec elle « pour le meilleur et pour le pire ». Le cœur nous montre le chemin, mais c’est à nous ensuite d’avoir le courage de nous y engager et de le suivre.
Je ne peux donc qu’admirer les couples qui ont pu traverser les pires tempêtes sans s’y noyer, et qui finalement ont réussi à trouver – et à garder – l’équilibre entre leur amour et le « pilotage » de leur relation de couple, l’expérience du couple pouvant être assimilée sans aucun doute à du pilotage de haut niveau. Cette dernière phrase me fait sourire car un de mes rêves est d’apprendre à piloter un petit avion 🙂
Et comme ces derniers temps je suis « bombardée » de synchronicités en tout genre, je suis tombée aujourd’hui, dans un livre d’astrologie, sur ce passage très parlant, même pour les néophytes. Pour le petit « clin d’œil », mon père était Sagittaire 😉

(…) Pour beaucoup de gens, les expériences de destruction, blessure, frustration, limitation, trahison et solitude sont nécessaires et créatives pour l’individu. Il est tout simplement impossible de juger du point de vue « devrait » ou « ne devrait pas ». À cet égard, je peux rappeler un mythe qui me semble très intéressant, le mariage de Zeus et Héra. C’est le mariage archétypal de la plupart des gens. Aucune de ces deux divinités ne peut vivre sans l’autre. Elles sont frère et sœur autant que mari et femme. Zeus est bien sûr le Jupiter grec, et il se conduit en parfait Sagittaire. Il est foncièrement coureur parce qu’il symbolise la force de l’esprit créateur sans discrimination ni retenue. Chez un homme ou chez une femme, il représente l’esprit masculin brut, ardent, illimité. (…)
Le pôle opposé est Héra. C’est la déesse de la Maison et du foyer, la protectrice des accouchements et la gardienne de la famille. Elle représente l’attachement, qu’il soit basé sur l’émotion ou sur la responsabilité.
Ils se disputent bien sûr perpétuellement. Zeus, l’esprit, court toujours derrière une nouvelle femme, et Héra court derrière Zeus. Elle est le monde de la forme et lui demande de se limiter. Elle est furieuse et vindicative contre ses maîtresses, tout en étant la Mère aimante et généreuse. Elle privilégie la fidélité, qui est un symbole très profond, et il est évident qu’en fin de compte le mythe ne parle pas de la fidélité sexuelle littérale, parce que Zeus n’est pas une personne. Il est la vie créatrice, et Héra est la limitation de la vie, sa forme. Elle est la limitation de la relation, comme la cornue alchimique qui emprisonne la substance chaotique pour qu’elle puisse se transformer. Sans Héra, Zeus n’est rien d’autre qu’un beau parleur, un gaspillage aveugle d’énergie psychique. Et j’imagine que Zeus ne s’intéresserait pas tant à ses aventures continuelles si sa femme n’était pas si jalouse. Ce qui l’excite le plus c’est de braver l’interdit. Et Héra n’aurait aucune signification ni valeur si elle n’avait pas un mari qu’elle essayait perpétuellement de ramener à la maison.
Ces deux personnages ont besoin l’un de l’autre. C’est un « pattern » flagrant dans de nombreuses relations, à différents niveaux. L’un essaie de s’échapper, tandis que l’autre essaie de le retenir, et les deux images appartiennent aux deux personnes. Ainsi, Zeus et Héra forment un mariage archétypal, les deux personnes et les deux images cohabitant dans chaque individu. Finalement, peu importe qu’ils se plaignent et trouvent la situation frustrante, ce sont les dieux et les donneurs de vie, et c’est d’eux que descend toute la famille des dieux et des hommes. Il me semble utile de se remémorer leur dilemme avant de juger une relation de l’extérieur, car il implique que sans tension, sans défi ni problèmes, il n’y aurait pas de vie. C’est pourquoi, lorsqu’il existe un problème difficile dans une relation, ou une série de soi-disant mauvais aspects entre deux thèmes, cela ne veut pas forcément dire qu’il faille y mettre un terme.
(Extrait du livre Jupiter et Saturne, de Liz Greene et Stephen Arroyo)
