La dynamique (souffrante) du couple


Il y a quelques jours une amie m’a appelé en catastrophe pour me voir car elle s’était disputé avec son compagnon une fois de trop et, ne pouvant plus supporter cette situation, elle a pris ses affaires, a sauté dans sa voiture et a roulé sans but précis juste pour échapper à la douleur de la situation.

Vous avez une impression de « déjà vu »? Eh bien, moi aussi j’ai eu cette impression, car moi-même je me suis souvent retrouvée dans ce genre de situations dans mes précédentes relations. Heureusement, pas dans toutes. Mais quelque chose là-dedans me fais penser à un problème récurrent dans la plupart des couples, même si les manifestations de ce malaise peuvent différer.

En écoutant mon amie me raconter les problèmes qu’elle traversait avec son conjoint, je trouvais des similitudes évidentes avec mon ancien couple, et le sien était visiblement en train de battre sérieusement de l’aile. Elle ne comprenait pas ce qui se jouait entre eux et semblait n’avoir qu’une seule envie: quitter la relation car elle ne voyait pas d’issue. Alors qu’elle n’avait pas forcément envie de le faire.

Comme beaucoup de couples, le sien avait bloqué à l’étape de la confrontation où, après la « lune de miel », les deux partenaires commencent à avoir des luttes de pouvoir et à se faire des reproches mutuels presque quotidiennement pour savoir « qui a raison » et « qui portera la culotte », en quelque sorte, avec des revendications et des griefs en tout genre, motivés par le désir de changer l’autre et de le rendre conforme à l’image que chacun se faisait de lui au début de la relation- c’est à dire conforme à la projection narcissique de soi-même et de ses idéaux.

En effet, c’est l’étape où l’état amoureux commence à s’estomper et où l’on voit resurgir tous les défauts du partenaire – on le voit tel qu’il est vraiment. Mais il ne s’agit pas que de cela. Ce qu’on voit resurgir et se cristalliser à cette étape ce sont surtout les blessures et les réactions infantiles qui semblent se réactualiser dans le présent du couple. En général cela arrive entre trois mois à trois ans après le début de la relation, mais souvent on y « tombe » progressivement, parfois même dès le début.

la dynamque souffrante du couple vue sous l’angle de l’astrologie (et du tarot)

J’ai envie d’introduire quelques éléments astrologiques ici car, même pour les néophytes, il serait intéressant de voir comment se déploie cette dynamique de ce point de vue. D’autant plus qu’elle est visiblement si récurrente qu’on peut la prendre pour un « classique » dans la plupart des couples. Pour certains couples elle ne sera qu’une étape, plus ou moins longue, qu’ils traverseront et qui les mènera à une relation plus épanouie où chacun saura accepter l’autre et pourra vivre avec, en le respectant et en se respectant. Pour d’autres, cela précipitera leur divorce ou leur séparation, parfois via un passage à l’acte empreint de dramatisme, signe d’un trop-plein qui est devenu aussi ingérable que souffrant, pour l’un ou pour l’autre.

Pour d’autres encore, ce théâtre se jouera durant toute leur vie ensemble et ils ne sauront jamais dépasser cette étape, sans pour autant réussir à se séparer. Je connais par exemple un couple marié depuis 30 ans qui se disputait presque quotidiennement durant de nombreuses années de leur vie commune, avant de tomber dans une forme de figement et d’éloignement où chacun des partenaires vivait de son côté dans la même maison mais ne partageait plus rien avec l’autre. Ils ne faisaient pas non plus la démarche de divorcer. Un jour j’ai eu la femme au téléphone et au cours de la conversation je lui ai demandé des nouvelles de son mari. Elle a résumé cela de la manière suivante: « Je ne sais pas comment il va car je ne le vois que très rarement. Il vit dans le garage qu’il a transformé en atelier et n’en ressort presque pas. Tu lui poseras toi-même la question. Tout ce que je peux te dire cependant est qu’il ne fait pas mon bonheur. »
Cette même femme disait une vingtaine d’années auparavant, toujours à propos de son mari: « Je sais bien que notre relation est conflictuelle parce qu’on est deux caractères forts, mais en même temps je ne supporte pas les hommes faibles. Mon homme doit être aussi fort que moi. »

L’être humain est contradictoire, n’est-ce pas? Souvent on veut quelque chose juste pour nous rendre compte que ce que nous désirons nous rend fous. Mais alors, pourquoi ? Pourquoi on le veut et pourquoi cela nous rend fous? Plusieurs raison à cela, mais commençons par une qui me semble très pertinente là, tout de suite, d’un point de vue astrologique.

En astrologie la maison VIII est la maison de l’autre, traditionnellement des « biens de l’autre », mais elle est également dépositaire de tous l’inconscient « traumatique » de l’autre. Bien souvent – et parce que c’est tapi dans l’inconscient – on vit très bien avec cette bombe en sommeil que sont nos blessures d’enfance, tant que personne n’y touche de trop près.

Un beau jour cependant on se met en couple, on devient intime avec quelqu’un, et cette magnifique maison VIII devient une sorte de « panier commun » où chacun dépose ses traumatismes non résolus du passé. Ce sera d’autant plus fort si déjà nous avons des planètes en VIII et si les planètes du partenaire viennent les toucher par un aspect fort (conjonction, carré ou opposition), ou simplement si une planète du partenaire tombe dans notre maison VIII – auquel cas cette personne participe directement à notre transformation, et qui dit transformation dit une part de souffrance. Pour que quelque chose de nouveau puisse naître, l’ancien doit « mourir ». Or, personne n’accueille la mort de gaieté de cœur car cela nous effraie. Ce n’est en général pas la mort qui est douloureuse mais notre résistance à cette mort, à ce « passage vers autre chose ».

La naissance, par exemple, est un processus beaucoup plus douloureux que la mort. C’est notre peur de l’inconnu qui amplifie la douleur de la mort car nous ne savons pas ce qui nous attend « après ». Et puis, l’être humain a une fâcheuse tendance à s’accrocher à ce qu’il possède et à refuser de le laisser partir – que ce soit un objet, un conjoint ou le corps qui lui « appartient » dans cette vie! Rappelons-nous toutefois qu’il n’existe pas de mort sans renaissance – il n’y a pas d’exception à cette loi cosmique. Ce cycle de morts et renaissances se répète donc indéfiniment. Mais on a beau le savoir, on n’arrive pas vraiment à être serein en côtoyant la mort de trop près – que celle-ci soit réelle ou symbolique.

la douleur qui accompagne le processus de transformation et de GUERISON

Le Tarot viendra compléter cette réflexion avec l’Arcane sans nom (XIII) qui, dans le Tarot de Marseille ne possède pas de nom, précisément parce qu’il s’agit d’une « mort » symbolique et qu’elle est toujours suivie d’une renaissance. On parle donc plutôt de transformation: Pluton, la Maison VIII et l’Arcane sans nom ont quelque chose en commun. L’autre mot qui leur est associé est « intensité ». Une expérience intense est une expérience qui n’est pas neutre, qui n’est pas « tiède ». Elle peut amener de la joie ou de la douleur, et parfois un mélange des deux – elle amène mort et renaissance à la fois, N’appelle-t-on pas l’orgasme « la petite mort »? Curieusement, les expériences de la maison VIII sont associées aussi à la sexualité – à celle où il y a un intense partage d’émotions susceptible de nous transformer.

Quoi qu’il en soit, que ce soit l’Arcane sans nom, Pluton ou la Maison VIII, ce ne sont pas des symboliques très agréables ou rassurantes, car les expériences qui y sont associées amènent souvent de la douleur et leur intensité nous bouleverse, pour le meilleur ou pour le pire. Mais rappelons-nous qu’aucun accouchement ne se fait sans douleur. Récemment, j’écoutais un réel d’Astrodojo sur Instagram où il parlait de la prochaine pleine Lune (celle du 8 décembre 2022), et de sa conjonction avec Mars qui lui-même sera opposé au Soleil – une configuration planétaire porteuse de quelque chose d’explosif voire de violent. Mais violent, dans le sens de « puissant », d’intense, qui doit sortir et qui le fait de la manière qui convient le mieux aux énergies en cours. Cela peut être aussi une explosion qui amènera la joie, même si elle peut se présenter comme douloureuse au départ.

Astrodojo évoquait à ce titre la violence que l’on pouvait observer dans plusieurs phénomènes considérés comme naturels, et qui sont pourtant nécessaires à la vie et à l’évolution de l’espèce humaine, de l’humanité et de l’Univers. Cela a fait écho en moi car cela rejoignait merveilleusement ma propre vision du sujet. De l’acte d’accoucher à la formation des galaxies, en passant par la transformation émotionnelle en vue de la guérison d’anciennes blessures, la « violence » – l’intensité – de certains processus et la douleur qui y est associée ne peuvent être évitées. Mais ne dit-on pas que si la douleur est inévitable, la souffrance, en revanche, est une option? On peut choisir de ne pas perpétuer la souffrance au-delà de ce qu’elle a à nous enseigner. Et on peut apprendre à gérer l’intensité de ce qui se passe en nous pour ne pas nous nuire et ne pas nuire à l’autre.

Notamment, dans le cas de la maison VIII, si une blessure fait encore mal et saigne, il faut s’en occuper, au lieu de chercher à la masquer, à l’anesthésier ou à blâmer la personne qui nous rappelle son existence. La guérison peut être douloureuse, mais cette douleur ne peut être effacée comme par magie – si on veut guérir il faut l’accepter comme faisant partie du processus. Si la plaie est mal refermée elle va continuer à nous faire souffrir de toute façon et elle risque de s’infecter à terme, nous précipitant vers une maladie physique ou psychique. Il faut donc nous occuper de nos blessures du mieux qu’on peut et les remercier de ressurgir pour nous montrer qu’elles ont besoin de soin correct.

Bien sûr, personne ne se réveille un beau jour en se disant: « Aujourd’hui je vais m’occuper de mes blessures non guéries en commençant par les rouvrir pour mieux les faire cicatriser, et tant pis pour la douleur que je risque d’éprouver ». On n’a pas envie d’y aller, on a des choses plus agréables à faire, et c’est normal et humain. Sans parler du fait que souvent on n’est même pas conscient de tous les « cadavres dans notre placard psychique ». Donc, si on y va un jour, c’est qu’on a été poussé par quelque chose pas très agréable qui nous a fait prendre conscience qu’il est temps de régler ça!

Il faut profiter de cette occasion car tôt ou tard, le plat nous sera resservi, et parfois même en double portion! (Par exemple, lors d’un transit de Pluton.) Notre psychisme, tout comme notre corps, possèdent un formidable pouvoir d’auto-régulation et d’auto-guérison. De ce fait, notre psychisme va se saisir de toutes les occasions pour restaurer notre santé émotionnelle et psychique, encore plus si nous trainons de vieux traumatismes qui nous empêchent de nous épanouir et d’être nous-mêmes. Et plus ils seront marquants, plus il nous sera difficile d’y échapper. La « mauvaise nouvelle » est que plus ils seront marquants, plus ça risque de nous faire mal quand on va enfin s’attaquer à leur résolution.

notre inconscient cherche À reparer nos blessures À travers la relation

La personne qui « met » une de ses planètes personnelles dans notre maison VIII sera à la fois extrêmement attirante pour notre inconscient et à la fois très dangereuse. Car elle viendra réveiller le monstre qui sommeille dans les profondeurs de notre inconscient et lui demander de sortir au grand jour pour nous libérer de son emprise sur nous et rendre cette énergie disponible pour construire quelque chose de plus sain. C’est un processus de génie mais extrêmement inconfortable et douloureux. Il est génial dans le sens où c’est la voie royale pour identifier et traiter nos traumatismes nos résolus de l’enfance. Cela se fait naturellement et à notre insu et c’est même une « bonne » raison inconsciente pour se mettre en couple avec quelqu’un. Notre enfant intérieur cherche à se réparer à travers la relation adulte et le partenaire devient le parfait support où nous projetons les éléments qui vont permettre aux blessures de ressurgir, pour être nettoyées, pansées et pour favoriser leur cicatrisation. Cela encouragera notre enfant intérieur à grandir et à rejoindre l’adulte en nous pour le nourrir de sa lumière, de sa joie et de sa créativité.

Seulement, ce qui se passe en général, est que nous n’en sommes pas conscients, et nous nous retrouvons dans une relation entre « deux sales gamins » la plupart du temps. Et que font les gamins en général? Ils dramatisent, se positionnent en victime, attendent que l’autre prenne soin d’eux, et cherchent la raison de leurs drames chez l’autre (qui est perçu comme l’adulte). C’est normal pour un enfant. Pas pour un adulte. Sauf que, lorsque cela nous arrive avec notre partenaire – de dramatiser une parole, un geste ou une situation et de commencer à se comporter comme des enfants, en pensant que notre (sur)vie est en jeu – c’est le signe d’une émotion « non archivée » qui est restée figée dans le passé, dans notre cerveau reptilien. C’est comme un arrêt sur image et à la moindre occasion, au moindre stimuli extérieur, la scène se rejoue encore et encore, dans une tentative désespérée de trouver une résolution pour « achever la gestalt » et archiver enfin l’expérience.

Le cerveau reptilien est corrélé à la survie et il répond par l’attaque, la fuite ou le figement. Dans de tels moments nous réagissons motivés par une impulsion inconsciente et qui n’a rien à voir avec la situation objective du présent. Nous pouvons donc agresser notre partenaire parce qu’il ne répond pas à nos besoins, nous pouvons aussi prendre la fuite car la situation nous dépasse ou nous terrifie, ou bien nous pouvons juste tomber dans un mutisme et une non-réaction à ce qui se passe, car nous ne nous sentons capable de réagir d’aucune façon.

La souffrance de notre enfant blessé est réelle, même si la cause n’est pas dans le présent. Et le cerveau ne fait pas la différence entre un événement passé et un événement présent, il réagit comme si « le drame » passé auquel nous sommes restés scotchés était réellement en train de se produire dans l’ici et maintenant. D’où les réactions exagérées, d’où les reproches faits à l’autre, d’où l’impression que notre partenaire nous afflige les pires souffrances et nous, de même, ce qui nous plonge ensuite dans la culpabilité. Cela peut vite devenir infernal et en général cela le devient et peut précipiter la fin de la relation, avant même que de vraies solutions puissent être trouvées.

remercier notre partenaire au lieu de le BLÂMER

Si lors d’une crise de ce genre on pouvait prendre du recul et devenir l’observateur de notre réaction d’enfant, on pourrait même remercier notre partenaire d’avoir fait ressurgir cette émotion en nous, car de cette manière nous réalisons qu’il y a quelque chose de bloqué, de blessé et de non intégré qui a besoin qu’on s’en occupe et qu’on le soigne. Le partenaire est là pour nous révéler notre blessure, il n’en est pas la cause, et en général il n’est pas très apte à la soigner. À moins de se mettre consciemment au travail dans ce but – la plupart du temps avec l’aide d’un bon professionnel.

Mais la vérité est que quand cela nous arrive nous ne sommes presque jamais en mesure d’identifier consciemment l’origine de la réaction infantile et nous avons tendance à accuser notre partenaire de la provoquer. Pire, nous projetons sur lui une image maternelle ou paternelle et nous nous comportons avec lui comme nous nous comportions avec l’un de nos parents. Tout en exigeant qu’il nous répare à cet endroit. Ce qui en retour provoque une réaction défensive chez le partenaire et réveille ses fragilités à lui. Cela se transforme très rapidement en cercle vicieux de reproches et d’agressivité, où l’on ne cesse de se blesser et nous arrivons généralement dans une impasse où rien n’est résolu. Certains quittent le bateau à ce stade car la souffrance est devenue insupportable, et d’autres se résignent et continuent à vivre dans une guerre incessante ou bien choisissent de vivre leur vie parallèle tout en maintenant une relation factice.

La voie salutaire est plus difficile à trouver car elle demande de la conscience, de l’honnêteté, de la compréhension et une certaine maturité pour être capable d’observer la dynamique en jeu et de décider de l’utiliser pour le bien de notre couple, plutôt que de la laisser le saboter. Il faut bien sûr avoir avant tout le désir de le faire car cela nous demandera un peu de temps et d’énergie. Si on aime vraiment notre partenaire, on devrait être prêt à investir ce temps et cette énergie. L’amour, rappelons-nous, c’est soit du travail, soit du courage, il est actif et non passif – c’est un acte de dépassement de soi pour élargir nos frontières psychiques en vue de notre propre évolution et de l’évolution de l’être aimé.

Si nous ne pensons pas que cela nécessite de l’investissement de notre part et que nous n’avons pas envie de « gaspiller notre énergie là-dedans », mieux vaut alors se poser la question de ce que représente pour nous le véritable amour. Bon nombre de personnes confondent l’amour avec des tas de choses qui ne sont pas l’amour, simplement parce que personne ne leur a jamais appris ce que c’était d’aimer.

Tout n’est pas perdu pour autant, mais il n’y a que la personne concernée qui peut en prendre conscience et découvrir par elle-même ce qu’est le véritable amour, et cela peut prendre parfois du temps. Si on a grandi dans un climat trop hostile, insécurisant, voire violent, on peut être extrêmement mal à l’aise quand quelqu’un nous proposera quelque chose de différent, de plus paisible et de plus harmonieux, et l’on peut inconsciemment chercher à saboter la relation, en provoquant de l’insécurité, de l’hostilité ou de la violence car c’est dans ce genre de dynamique que l’on a appris à fonctionner, même si c’est souffrant.

Bien sûr, travailler à rendre notre relation plus harmonieuse ne doit pas se faire au détriment de notre propre chemin de réalisation et de notre bonheur. Si c’est le cas, alors ce n’est peut-être pas ce partenaire-là qu’il nous faut. Mais si, en imaginant notre vie avec cette personne et sans les problèmes récurrents qui ne cessent d’empoisonner la relation, nous avons le sentiment que c’est ce que nous voulons vraiment – que c’est aux côtés de cette personne-là nous souhaitons cheminer, pour partager des tas de choses sympa -, eh bien allons-y, mettons-nous au travail! Il faut tout de même que ça nous amène plus de joie que de peine – on n’est pas obligé de se faire évoluer dans la souffrance H24.

Il est sûr cependant que si nous désirons que quelque chose change et évolue, il nous faut investir un minimum d’effort et de courage pour sortir de notre zone de confort en direction d’un changement réel. Au lieu d’attendre que les choses changent sans qu’on ait à bouger (ce que nous faisons souvent malgré nous).
Comme le dit si bien Astrodojo:

« Si je veux changer des choses dans ma vie, il faut que j’accepte que… des choses changent dans ma vie. C’est aussi bête que cela. »

des voies de soRtie possibles

Alors, en admettant que c’est le « bon » partenaire de notre point de vue, que pouvons-nous faire pour nous sortir de là? Plus facile à dire qu’à faire, mais on pourrait commencer par nous informer sur les mécanismes qui provoquent ce genre de comportement. Si on arrive à les comprendre tous les deux, c’est déjà un bon début. Savoir que cela existe nous aidera beaucoup dans la compréhension de ce qui se joue entre nous et notre partenaire, et nous permettra de relativiser la situation après coup. Ensuite, essayer de prendre conscience du fait que notre partenaire n’est ni notre père ni notre mère et que nous avons fait un transfert dessus (et vice-versa). Il n’est pas notre enfant non plus. Nous n’avons pas à le materner ni à nous occuper de ses besoins de base (sauf de rares exceptions où c’est vraiment nécessaire et ponctuel).

Enfin, voir un psy ou un autre thérapeute pour qu’il nous aide à défaire les nœuds en question. Ne pas hésiter à changer de psy ou de méthode thérapeutique si on ne constate pas de progrès car il n’existe pas une seule bonne manière de résoudre nos problématiques, parfois il y en a plusieurs et parfois il serait peut-être même bon de les combiner (par exemple approche analytique et approche psycho-corporelle, énergétique, etc.). On est le principal acteur de notre guérison et transformation, mais un bon thérapeute peut néanmoins énormément nous y aider.

Les canadiens ayant souvent une longueur d’avance sur certaines méthodes thérapeutiques, l’auteure du livre « Le défi des relations » Michelle Larivey estime par exemple qu’un conjoint est beaucoup plus efficace qu’un thérapeute pour résoudre nos transferts affectifs et que le thérapeute devrait juste guider les deux protagonistes pour les aider à être leurs supports respectifs et leur permettre de jouer l’un pour l’autre le rôle de la figure parentale lors d’une thérapie. Personnellement, je ne suis pas contre, pour peu que le conjoint soit d’accord pour jouer le rôle. D’où la nécessité d’avoir quelqu’un qui supervise le processus. Encore une fois, à la condition de trouver ce genre de thérapeute car en France il règne un certain conservatisme dans les milieux psy – d’après mon observation en tout cas.

Une alternative, peut-être encore plus pertinente et probablement plus accessible – et moins dangereuse pour la solidité du couple -, pour résoudre ce genre de transferts, ce sont les constellations familiales. Qu’on le veuille ou non, notre histoire familiale influence nos comportements à notre insu à l’âge adulte et parfois de manière vraiment étonnante. J’ai trouvé récemment un exemple très parlant dans le livre de Gunthard Weber, « Les liens qui libèrent ». C’est un livre qui porte sur la thérapie familiale systémique selon Bert Hellinger et en le lisant je me suis rendu compte que ce monsieur (Bert Hellinger) était une vraie pépite dans le monde psy.

« Un homme et une femme se savaient très liés, et pourtant surgissaient entre eux des conflits qu’ils n’arrivaient pas à comprendre. Ils venaient de se séparer pour six mois malgré leurs trois enfants. Un jour où ils se retrouvaient face à face en présence d’un thérapeute, celui-ci remarqua que le visage de la femme se transformait jusqu’à ressembler à celui d’une vieille femme. Et elle se mit à reprocher à son mari des choses qui, de toute évidence, n’avaient rien à voir avec lui. Le thérapeute lui demanda: « Qui est la vieille femme? » Elle se souvint alors que son grand-père, qui tenait une auberge avec sa femme, l’avait souvent traînée par les cheveux devant tout le monde quand il était en colère, et elle se rendit compte que la colère qu’elle exprimait envers son mari était la colère de sa grand-mère contre son grand-père, colère que celle-ci avait à l’époque refoulée.
(…)
Pour qu’un couple puisse réussir, il faut que les deux partenaires épousent, pour ainsi dire, et reconnaissent la famille d’origine de l’autre. Mais tous deux doivent aussi savoir s’ils veulent garder les modèles de leurs parents et de leur clan. S’ils décident d’abandonner les anciens comportements, ils doivent en trouver de nouveaux pour leur couple.
(…)
Une image me paraît bien rendre compte de ce processus. Prenons par exemple un homme et une femme. L’un est sur la rive droite d’un fleuve, l’autre sur la rive gauche. Chacun a une position déterminée sur une rive différente. Cela ne leur sert à rien de faire connaître leurs positions. Le fleuve coule toujours entre eux deux. Pour vraiment savoir ce qu’est l’ordre, il leur faut abandonner leurs positions, entrer dans le fleuve, s’abandonner au courant. C’est alors qu’ils prennent conscience de ce qu’est vivre, et de l’ordre qui résulte pour eux de cet acte. »

Les constellations familiales ont beaucoup à voir avec la psychogénéalogie. On peut dire même que c’est une forme de pièce de théâtre dont le scénario est dicté par notre arbre généalogique et les ancêtres qui vivent dans notre inconscient et qui ont besoin de s’exprimer à travers cette mise en scène. Cela peut être donc une piste intéressante pour mettre en lumière et résoudre certaines problématiques. Comme le dit Alexandro Jodorowsky, l’inconscient ne parle pas le même langage que le conscient, de ce fait pour résoudre des choses qui sont dans l’inconscient il faut le faire par le biais du langage de l’inconscient qui est souvent symbolique et n’a rien à voir avec la parole. D’où l’efficacité des rituels et des actes symboliques. Les chamans amérindiens étaient au courant du pouvoir des rituels de guérison, aussi bien du corps que de l’esprit.

Enfin, il y aussi la communication non violente, mise initialement au point par Marshall Rosenberg aux Etats-Unis et popularisée dans les pays francophones par Thomas d’Ansembourg. Plus que d’une méthode de communication qui vise à améliorer nos relations interpersonnelles, il s’agit d’une véritable nouvelle façon d’être, de penser et d’agir. C’est un chemin d’évolution. Et comme tout ce qui est nouveau, cela demande un peu de temps et de pratique pour l’intégrer à notre vie. La communication non violente est une piste qui me paraît intéressante pour améliorer nos relations de couple – et nos relations en général – car elle concerne notre manière d’être en relation à nous-même et à l’autre. Quand on commence à explorer la violence et la manière d’y faire face, on peut réaliser qu’il y a plein de choses que nous ignorons sur la violence – la notre et celle des autres.

Marshall Rosenberg dit: « C’est parce que je suis en paix avec ma propre violence que je peux faire le choix de la non-violence. »
Je ferai bientôt un article à part sur la (non-)violence, mais d’ici-là j’ajouterai juste que parfois nous sommes aussi inconsciemment porteurs d’une violence qui nous vient de nos ancêtres – comme le montre l’extrait du livre de Gunthard Weber cité plus haut. De ce fait, tout en travaillant sur notre (non-)violence, il serait peut-être bon de travailler sur les « bagages violents » que nous trainons et qui ne nous appartiennent pas en propre, et d’apprendre à nous en libérer.

Un commentaire sur “La dynamique (souffrante) du couple

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