Spiritualité, religion et vérité (non unique et non absolue)

Église San Maurizio al Monastero Maggiore, Milan

J’ai récemment entendu quelqu’un qualifier Issâ Padovani de « catho ». Pour tous ceux qui la connaissaient et qui le connaissent, cette étiquette paraîtrait pour le moins absurde car elle ne correspond absolument pas à la réalité. Je me suis demandé si cette personne avait réellement écouté ce que disait Padovani dans ses vidéos, interviews et conférences, ou bien, après avoir entendu une ou deux bribes ici et là, et les mots « Dieu » et « esprit », elle s’était empressée à classer l’affaire selon des critères basés sur ses propres préjugés religieux.

Cette histoire anecdotique m’a fait réfléchir d’une part, à la confusion entre religion et spiritualité qui règne dans la tête de bon nombre de personnes, et d’autre part, à la tendance de certaines personnes à se prendre pour LA référence en matière de vérité – peu importe le sujet. En l’occurrence, je vais me servir du sujet de la spiritualité/religion pour dérouler le fil de ma réflexion.

D’après ce que j’ai pu observer, les personnes qui condamnent ainsi tout ce qui parle de près ou de loin de Dieu, de l’esprit ou des lois divines, sont souvent très cartésiennes et/ou traumatisées par une éducation religieuse stricte qui leur a laissé un très mauvais souvenir. Aussi, ont-elles tendance à l’âge adulte à stopper toute quête spirituelle propre et à condamner celle d’autrui en l’enfermant un peu hâtivement dans la case « religion » – ou parfois, inversement, dans la case « sujets perchés » – pour s’assurer qu’elle ne s’en échappe pas et ne fasse pas de « dégâts » en rouvrant d’anciennes blessures du passé, par exemple, ou en ravivant des conflits internes non-résolus.

« La première gorgée de la tasse de la science crée des athées; mais au fond de la tasse, Dieu attend. »
Paracelse (1493-1541)

religion vs spiritualité

J’ai donc trouvé intéressant de relancer le débat « Religion versus Spiritualité » en y amenant quelques réflexions personnelles – qui n’engagent que moi.

Il faut dire que j’ai eu la chance de grandir sous l’ancien régime communiste qui interdisait la religion (et toutes les autres pratiques spirituelles, par ailleurs). Je parle de « chance » car n’étant pas formatée d’emblée par des principes religieux, j’ai eu la liberté de choisir plus tard mes propres convictions spirituelles, en toute conscience – j’ose l’espérer en tout cas.

D’abord, qu’est-ce que la spiritualité et pourquoi la confond-on aussi souvent avec la religion?
J’ouvre mon fidèle ami, le dictionnaire (en l’occurrence, Le Robert), qui m’en donne la définition suivante:

  1. (PHILOSOPHIE)
    Caractère de ce qui est spirituel, indépendant de la matière.
  2. (RELIGION)
    Croyances et pratiques qui concernent la vie de l’âme, la vie spirituelle.

D’accord, je comprends mieux. De mon point de vue, j’ai envie de résumer la chose ainsi: la religion s’est « approprié » en quelque sorte le mot spiritualité car dès que l’on quitte la matière, les croyants (et ceux qui s’y opposent) ont besoin de faire rentrer la croyance dans une case et de la séparer de la non-croyance. Une pensée un peu binaire selon laquelle le noir doit rester noir et le blanc doit rester blanc. Point. « Si tu es croyant tu es donc forcément spirituel. Et si tu es spirituel, tu ne peux être que croyant. »

Oui, mais non! Du moins, pas tout à fait. Vu que le mot « spiritualité » provient du mot « esprit », on pourrait admettre que tout ce qui touche à l’esprit relève de la spiritualité. Mais de là a admettre que tout ce qui touche à la spiritualité relève automatiquement de la religion, le raccourci ne me paraît pas aussi évident. Sinon, que dire de ma pratique de l’astrologie que je peux qualifier aussi de spirituelle, et qui pourtant serait même qualifiée d’hérésie d’un point de vue strictement religieux? Ma pratique de l’astrologie se rapprocherait dans ce cas davantage de la définition philosophique de la spiritualité, même si cette définition ne me convient pas réellement non plus.

Je regarde de ce pas la définition du mot « esprit » dans ce même dictionnaire:

  1. Souffle de Dieu.
    La troisième personne de la Trinité, qui procède du Père et du Fils.
  2. Inspiration provenant de Dieu.
  3. Principe de la vie de l’homme
    Synonymes: âme, vie
  4. Principe de la vie psychique, affective et intellectuelle chez une personne.

Décidément, comme première signification, cela a beaucoup à voir avec Dieu. Tellement, qu’on en oublie les autres significations. Jusqu’ici tout va bien car je suis entièrement d’accord qu’il existe un rapport entre Dieu et la spiritualité. Et je pense qu’Issâ Padovani serait d’accord aussi, vu qu’il est souvent question de Dieu dans ses conférences, vidéos et podcasts. Pour autant, je ne vois aucun rapport entre la religion et ce que Padovani exprime comme philosophie de vie spirituelle dans ses pratiques.
La question me semble s’imposer d’elle-même: comment définirait-on Dieu dans ce cas? Figurez-vous que le dictionnaire a une réponse à tout! Donc, face au mot « Dieu », nous pouvons y trouver la définition suivante:

  1. (DANS LE MONOTHÉISME)
    Être éternel, unique, créateur et juge.
    Croire en Dieu.
  2. (DANS LE POLYTHÉISME)
    Être supérieur doté d’un pouvoir sur l’homme et d’attributs particuliers.
    Histoire des dieux.

le vrai sens du mot « SPIRITUALITÉ »

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais en ce qui me concerne, toutes ces définitions du dictionnaire me laissent un peu sur ma faim par rapport à la définition de la spiritualité et même de Dieu. Pour moi la spiritualité va bien au-delà de la religion et du cadre terrestre de notre vie d’humains. Elle l’englobe forcément, car la spiritualité englobe toutes nos expériences – à la fois matérielles et immatérielles – et leur confère un sens. Mais ce sens est cosmique, intemporel et illimité – à l’image de l’âme. Paradoxalement, il se révèle au travers nos expériences terrestres, temporelles et limitées que nous sommes amenés à vivre dans l’ici et maintenant – le véhicule de l’âme c’est bien le corps. Je dirais que la spiritualité est l’apprentissage – la réappropriation – de nos capacités à être nous-même des « mini-Dieux » en devenir. En d’autres mots, être spirituel c’est chercher à connecter et à expérimenter notre nature divine. Prendre conscience que nous ne sommes pas des êtres limités et matériels qui vivent une expérience spirituelle, mais que nous sommes avant tout des êtres spirituels illimités qui vivent une expérience terrestre, limitée dans la matière.

En ce sens, à la définition des dictionnaires j’ai préféré la définition donnée par Paul Petrino dans son livre « Petit manuel de l’apprenti Dieu »:

« La spiritualité c’est l’EXPÉRIENCE CONSCIENTE de la vitalité divine de l’Univers. Et la vitalité de l’Univers c’est Créativité, Joie et Amour. Vivre spirituellement , cela revient à dire: vivre consciemment (la conscience étant le principe divin en l’Homme). C’est un état d’être. Et ÊTRE c’est VIVRE.
Spiritualité et Religion ne sont pas synonymes. Mais la religion doit mener à la spiritualité. La spiritualité fait dépasser la religion et mène à la Connaissance. »

Oui, car pour Paul Petrino, les religions reposent sur la croyance, laquelle a pour origine la peur. Je suis assez d’accord avec lui. Il suffit de voir comment le dico définit Dieu – comme un juge! Un être dont nous devrions avoir peur! Peur de son jugement, peur de sa punition – dès que nous ne marchons pas dans le « droit » chemin, dès que nous ne couvrons pas un certain nombre de critères que quelqu’un d’autre a définis pour nous. Toute notre culture judéo-chrétienne en est imprégnée et distille cette peur à tous les niveaux, dans tous les domaines. Peur de l’erreur, de l’imperfection, qui engendreraient la punition – au final, peur de la souffrance générée par nos « péchés ». Peur d’aller en enfer!

le dieu EXTÉRIEUR de la peur et de l’enfermement et le dieu INTÉRIEUR de la LIBERTÉ, de la joie et de la CRÉATIVITÉ

La religion « tourne » beaucoup autour de la peur et de la culpabilité et enferme, au lieu de libérer. La religion ne nous enseigne pas que nous sommes des dieux en devenir – ce serait trop dangereux de nous faire prendre conscience de ce pouvoir. La religion ne nous enseigne pas que nous avons la liberté de créer absolument tout dans notre vie. Enfin, la religion ne nous enseigne pas que la Création ne fat jamais d’erreurs, par conséquent nous sommes toujours dignes d’amour et méritons d’emblée de vivre dans la joie et l’abondance. Nous n’avons rien à prouver à quiconque, surtout pas à Dieu! La religion oublie que puisqu’il nous a créés à son image, on est censés lui ressembler, après tout! Et il ne nous punit jamais, c’est nous qui nous punissons tout seuls et nous infligeons les pires souffrances – sur un malentendu qui repose sur des conditionnements et des peurs, qui ont cependant la vie dure. Et nous rendent la vie dure! Le plus fidèle ami de la religion est donc la peur.

La peur nous fait chercher des certitudes auxquelles se raccrocher, qui sont rigides et nous maintiennent dans une dépendance à une autorité supérieure. Que l’on soit croyant ou non, cela importe peu: on peut se raccrocher aussi bien à la parole de notre prêtre qu’à celle de notre professeur, de notre entraîneur ou de notre meilleur ami – du moment où cela nous rassure et que cela ne défie pas nos croyances « fixes ». On peut faire d’un être humain notre dieu aussi. D’ailleurs, en langage métaphorique on peut qualifier de « religion » une pratique rigide qui reposerait sur des principes trop irrévocables que l’on ne remet jamais en question. On peut faire de sa pratique sportive – ou de n’importe quelle pratique – une sorte de « religion », par exemple, qui remplacerait efficacement la religion « classique » de base.

De ce fait, même lorsqu’une personne exècre tout ce qui touche de près ou de loin à la religion, elle peut, par opposition, y rester tout de même attachée car elle ira dans l’autre extrême et remplacera la prison de la religion par une autre prison tout aussi aliénante. Un peu comme quand on veut s’affranchir du poids familial en prenant le contre-pied de ce qu’on a connu car cela nous donne l’impression qu’on s’en est éloigné au maximum. Alors qu’en réalité on n’a pas réalisé ce choix librement – on reste donc toujours attaché à ce même schéma, on a simplement pris la polarité opposée: cela nous donne l’illusion d’être libre mais on est toujours dedans.

À la différence de la religion, la spiritualité repose sur la connaissance, la liberté et l’expérimentation. L’esprit, le souffle ne peut être enfermé. Quelqu’un m’a dit récemment: « Puisque tu fais de l’astrologie, tu dois avoir cette croyance… en l’astrologie. » J’ai essayé de lui expliquer que cela ne repose pas sur une croyance mais sur une réelle expérimentation qui démontre à mes propres yeux que tout cela fonctionne bel et bien! Un scientifique part toujours d’une hypothèse (qui n’est pas la même chose qu’une croyance) et par l’expérimentation, il démontre cette hypothèse – il n’a pas besoin d’y croire car il voit et prend conscience de ce qui se passe réellement.

On peut choisir malgré tout d’y voir quelque chose de l’ordre de la foi au départ – ce sont nos réminiscences divines qui nous font suivre telle ou telle voie avant même de savoir ce qu’on va y trouver. La foi qui, en astrologie est associée à la maison IX et au Sagittaire, peut avoir une connotation religieuse mais aussi, une connotation philosophique dans le sens d’élargissement des horizons: la foi est alors cette lumière qui nous motive à nous aventurer hors des frontières, en quête de notre vérité intérieure – car on sait qu’elle est là, quelque part. Jupiter qui gouverne le Sagittaire, ne doute jamais de sa nature divine et de son bon droit à toutes les honneurs et richesses qui lui sont dues! Et à toutes les vérités qui vont – forcément – se révéler sur son chemin. C’est cela qui le rend d’ailleurs aussi optimiste et le fait voir les choses en grand. Le Sagittaire étant un signe « double », il a cependant également une part animale (le corps du Centaure qui le représente) qui l’enferme parfois trop dans ses certitudes et l’empêche d’entendre le point de vue d’autrui, et par là même, de continuer à chercher la vérité car il pense la détenir déjà d’emblée.

Sur le chemin de la spiritualité on réalise donc des expériences, on expérimente la vie, on est en quête permanente de vérité, de conscience, de sagesse – de lumière -, qui nous amènent à révéler et à réaliser notre véritable nature (qui est par essence divine). Nous pouvons choisir d’être guidés dans notre quête car cela faciliterait notre démarche, du moins au départ. Et il faut garder à l’esprit qu’un maître digne de ce nom ne se prendrait jamais pour un gourou qui détient la vérité suprême! Même si au final on trouve toutes les réponses en nous, parfois nous avons besoin d’une impulsion extérieure qui nous fait prendre conscience de telle ou telle chose.

De toute manière, tout ce que nous découvrons sur notre chemin ne fait que nous rappeler ce que l’on sait déjà. Mais parfois la réponse à une question – voire la question elle-même – a besoin de « heurter » la bonne personne ou la bonne circonstance pour nous être révélée par le déclic qu’elle provoquera – qui n’est autre chose qu’une résonance d’une situation extérieure avec ce qui se trouve déjà à l’intérieur de nous. Ou, comme on dit: « Quand l’élève sera prêt, le maître apparaîtra. » Nous sommes tous les maîtres et les élèves les uns des autres et nous ne faisons que nous révéler les uns les autres. Pourquoi? C’est là-même que réside le but de l’existence humaine – ou plutôt, le but de l’existence divine déguisée en existence humaine pour les besoins de l’expérience que nous sommes venus vivre.

RÉALITÉ objective et VÉRITÉ absolue

Personne ne peut donc prétendre détenir LA vérité car la vérité absolue en tant que telle n’existe simplement pas. Il n’y a pas une vérité mais des vérités, autrement dit, des points de vue qui dépendent de la position de celui qui l’exprime. Et ce n’est pas uniquement une affirmation philosophique car désormais la physique quantique a démontré que l’expérience change en fonction de celui qui la vit – une seule et même expérience sera donc différente pour dix personnes différentes, même si elles y participent simultanément. Il n’y aura donc pas une seule expérience mais dix expériences différentes. L’objet observé se modifie en fonction du regard de l’observateur. Cela va même encore plus loin: l’objet n’existe que par le regard de celui qui l’observe. Autrement dit, s’il n’y avait pas d’observateur, il n’y aurait pas d’objet observé. Méfions-nous donc de nos jugements hâtifs et de nos vérités fixes et absolues!

Comme le dit Paul Petrino, à propos du fait d’appréhender la réalité d’autrui et la réalité tout court:

« Il nous faut devenir historiens des consciences pour comprendre les sociétés humaines, les humains, enfin, l’homme. Mais peut-on le faire sans penser dans notre langue et dans notre tournure d’esprit, fruit de notre culture? Peut-on ressentir les émotions d’autrui sans utiliser notre propre sensibilité? L’observateur objectif n’existe pas car nous ne sommes pas des objets.
(…)
[La réalité]Chacun la voit depuis là où il se tient, avec sa sensibilité, sa culture, son degré d’intelligence, ses croyances, ses peurs et ses espoirs. Autrement dit, chacun l’interprète puis la transmet à sa manière. Et comment est-elle comprise et retransmise par celui qui l’a reçue?

Alors, du haut de notre petitesse, comment pouvons-nous nous situer et agir par rapport à cette insaisissable vérité? »

Car notre propension à juger hâtivement les choix d’autrui est malheureusement très forte et se manifeste partout et assez souvent.
Issâ Padovani l’exprime d’ailleurs très bien dans une de ses vidéos où elle parle des conditionnements que l’on subit dès l’enfance et notamment, dans la façon dont on nous apprend à juger les choix d’autrui en prenant le notre pour la vérité absolue. J’aime beaucoup l’histoire qu’elle raconte vers la fin de la vidéo, où elle parle de ses deux réactions possibles face à quelqu’un qui mange sa pizza en laissant les bords:

1ère version: « Dommage! Tu laisses le meilleur! Tu as tort! »
2ème version: « Dommage! Tu laisses ce que je préfère! »

Eh oui! C’est ce que je préfère [subjectivement ], ce n’est pas [objectivement] le meilleur!

En repensant au jugement hâtif de cette personne face à la vidéo d’Issâ Padovani, je me suis donc dit qu’elle avait probablement besoin de se conforter dans ce qui correspondait à sa vérité du moment, et que, peut-être un jour elle oserait faire une mise à jour de ses croyances et s’ouvrir à d’autres façons de penser, pour expérimenter différentes formes de vérité et voir ce qui lui correspond vraiment, au lieu de se contenter de réponses préformatées et hâtives – de mon point de vue en tout cas.

Moi-même je suis en train d’évoluer là-dedans car, comme Issâ Padovani et comme beaucoup d’autres personnes autour de moi, j’ai été « formatée » durant de nombreuses années à juger trop vite et trop rapidement. On ne s’en défait pas comme par magie: cela passe par une prise de conscience et par un certain travail sur soi. Je pense néanmoins que cela commence forcément par un minimum d’ouverture d’esprit: admettre d’abord que nous ne détenons pas LA vérité mais simplement une forme de vérité qui est la nôtre et n’appartient à personne d’autre. Et que les autres ont le droit à leur propre vérité.

Comme on dit: « L’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne ».
En d’autres mots, n’ayez pas peur d’ouvrir votre esprit! Puis, vous verrez bien ce qui se passe 🙂

Église San Maurizio al Monastero Maggiore, Milan

« La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s’y trouve. « 

(Djalâl ad-Dîn Rûmi)

Que pensez-vous de tout ça?