sacrifice, amour et don de soi

J’avais traité ce sujet il y a quelques temps sur mon ancien blog. Le sujet étant toujours d’actualité, j’ai décidé de le ressortir pour l’enrichir de mes réflexions du moment. Pour ceux qui ont déjà lu le premier article, vous le retrouverez ici en grande partie, avec beaucoup d’éléments nouveaux.

Quelle est la place du sacrifice en amour? Une question qui amène une réflexion sérieuse, tant elle peut être source de malentendus au sein de nos relations. Notre éducation (judéo-chrétienne surtout) nous a appris qu’il fallait d’abord satisfaire les besoins de l’autre avant de penser aux siens propres. Que c’est une preuve irréfutable d’amour que de se « sacrifier » au nom de l’autre – que ce soit notre conjoint, notre enfant, notre meilleur ami, le voisin, la patrie, la communauté. Après tout, le plus grand exemple d’amour envers l’humanité, n’est-il pas le sacrifice du Christ en personne?

J’ai moi-même une mère qui a toujours essayé de m’éduquer à « penser d’abord aux autres ». Donc s’il m’arrivait de penser d’abord à moi j’étais forcément égoïste. Ma mère ne supportait pas ça. Elle-même étant l’exemple parfait de la maman généreuse qui en fait des tonnes « par amour ». Un peu la maman « type juive » ou la mamma italienne qui gave ses enfants d’un côté et de l’autre tient d’une main ferme toute la famille, dans une forme d’exigence plus ou moins explicite.

Cette image est intéressante car cela fait penser que dans la vie, « il n’y a jamais de déjeuner gratuit », comme on dit. En d’autres mots, tant de générosité est parfois suspecte et demande implicitement quelque chose en retour. Ne serait-ce que de la loyauté envers celui qui donne « sans compter ». Mais pas seulement.

le prix RÉEL du sacrifice

Le sacrifice est-il de ce fait synonyme d’amour ou d’engagement au sein de nos relations? Que se passe-t-il lorsqu’on fait taire systématiquement nos propres besoins et désirs au profit des besoins et des désirs de l’autre? 

Qu’on le réalise ou non, se nier et nier ses désirs, besoins et aspirations en les sacrifiant pour l’autre, n’est pas une preuve d’amour, bien au contraire. En faisant cela, nous faisons surtout preuve de non-amour… d’abord envers nous-même. Et si nous ne nous aimons pas, comment espérons-nous « prouver » à l’autre (ou à nous-même) que nous aimons cet autre, au nom duquel nous nous sacrifions au point de souffrir (consciemment ou non) et de passer à côté de notre vie!

D’autre part, en faisant cela, nous prétendons que tout va bien (tout en émettant parfois malgré nous des signaux subtils du contraire), car après tout, nous faisons tout cela par amour et « l’amour n’est-il pas censé être altruiste »? Je ne sais pas quel genre de film, de chanson ou de conte de fée nous enseigne cela dès notre plus jeune âge, mais en réalité l’altruisme « pur » n’existe simplement pas. Ou alors, s’il existe, c’est une pathologie, comme l’explique très bien le psychanalyste et auteur Moussa Nabati dans une de ses interviews. Il va même jusqu’à dire que l’altruisme est la plus grande forme d’égoïsme. En prenant le temps d’y réfléchir, j’ai réalisé qu’il avait parfaitement raison.

Si nous faisons quelque chose pour l’autre en ne tenant absolument pas compte de ce que nous désirons et de la façon dont nous nous sentons, nous faisons preuve d’irrespect et de non-amour envers nous-même. Nous ne nous autorisons pas à exister. Notre acte « désintéressé » devient alors sans objet. Il est intéressant d’observer que la plupart du temps l’autre ne nous demande même pas un tel sacrifice de notre part. En général, l’autre pense que nous désirons bien faire ce que nous faisons et que ça nous fait plaisir.

D’ailleurs quand quelqu’un nous dit « Merci », la réponse qu’on nous enseigne est « Avec plaisir ». Qu’il y ait eu plaisir ou non est sans importance: la politesse implique de dire à l’autre que cela nous a procuré du plaisir, même si ce n’est pas toujours le cas. Et à force, cela devient une habitude de faire des choses pour les autres sans y éprouver du plaisir, souvent même bien au contraire. Nous agissons par devoir, par obligation, nous nous forçons, parfois jusqu’à l’épuisement. Qui a réellement besoin de ça?
Et pourquoi agissons-nous ainsi?

« après tout ce que j’ai fait pour toi! »

Comme pour beaucoup de mécanismes régissant les relations, il nous faut réfléchir au bénéfice secondaire que le comportement sacrificiel apporte à celui qui l’adopte. Il existe d’après moi, deux principales motivations qui nous poussent à nous « sacrifier » pour les autres et à être faussement altruistes – et les deux se combinent assez souvent. Mais dans les deux cas nous ne faisons rien pour l’autre – nous agissons toujours pour notre propre bénéfice, même si celui-ci reste souvent caché à notre conscience.

La première raison pour laquelle nous nous sacrifions est pour nous faire aimer et ne pas nous faire abandonner par l’autre. Accessoirement nous créons ainsi un sentiment d’obligation car nous espérons en secret qu’il nous rende la pareille. Nous faisons un investissement et nous souhaitons avoir un retour sur cet investissement. Ce n’est pas très romantique mais en réalité c’est ce qui se passe la plupart du temps. Bien sûr, nous ne disons pas cela d’emblée à notre partenaire (souvent cela se passe au sein des couples, mais pas uniquement): « Je vais faire des tas de choses pour toi, mais attention! Il faut que tu penses à me rendre le geste à hauteur de ce que j’ai investi. »

Cela ressemble à une transaction commerciale. Et cela l’est, en effet – notamment dans nos relations de couple -, mais personne n’est prêt à l’admettre. Peut-être que, si nous acceptions de l’admettre dès le départ, nos relations ne s’en porteraient que mieux. « Appelons un chat un chat. » Rappelons-nous que les contrats de mariage d’autrefois ressemblaient à des transactions commerciales et personne ne trouvait cela choquant. Mais nous ne pouvons pas l’appliquer systématiquement à toutes nos relations, car d’abord ce ne serait ni joli ni romantique et aussi, parce que la plupart du temps nous ne sommes même pas conscients de nos motivations réelles. Nos aimons croire que nous sommes généreux et agissons par « pur amour », que nous sommes des êtes magnanimes mus par de nobles idéaux.

Ce serait donc un geste intéressé et purement « commercial » qui se cacherait derrière le prétendu comportement « altruiste ». Tel le petit enfant qui, pour se garantir l’amour (pourtant supposé inconditionnel) de la part de ses parents, cherche à leur donner ce qu’ils attendent de lui, quitte à se nier au plus profond de son être, nous cherchons à satisfaire les besoins de l’autre dans le but de nous faire aimer et sécuriser. Quand nous étions enfants nous nous efforcions de répondre aux attentes (conscientes ou inconscientes) de nos parents afin qu’il puissent continuer à nous aimer et à satisfaire nos besoins car un enfant a besoin des adultes pour survivre. Pour lui l’abandon est souvent synonyme de mort.

En tant qu’adulte, nous sommes désormais parfaitement capables de répondre à nos propres besoins, nous ne dépendons pas de l’autre pour cela. Sauf que pour la majorité d’entre nous, nous avons toujours au fond de nous un enfant aux besoins insatisfaits qui demande implicitement (voire explicitement) à ce que l’autre les satisfasse. Et s’instaure un cercle vicieux fait d’attentes et d’exigences envers l’autre: nous avons la fâcheuse tendance à attendre que l’autre nous apporte ce dont nous avons besoin, ce dont nous avons manqué et que nous nous croyons incapable de nous apporter nous-même.

Sauf que… l’autre n’est pas là pour ça! Il peut répondre à nos désirs, nos besoins et nos demandes… s’il est en mesure de le faire et si ça lui fait plaisir! Mais s’il n’en a pas envie, ou bien s’il n’est pas capable de le faire, il a parfaitement le droit de nous dire « non ». Et ça ne veut pas automatiquement dire qu’il ne nous aime pas. Ça veut dire que pour se dire « oui » il doit parfois nous dire « non », parce qu’il n’a pas à jouer un rôle de père ou de mère auprès de nous.

Nous sommes adultes et je parle ici d’une relation entre adultes. Si on a affaire à un enfant, la situation peut différer quelque peu. Même en tant qu’adultes, nous sommes rarement exempts d’attentes infantiles envers l’autre. Et nous marchandons l’amour à longueur de journée, instaurant un système de donnant-donnant qui cherche à emprisonner l’autre, au lieu de le rendre libre!

Donc, plus nos besoins insatisfaits sont anciens et grands, plus nos attentes envers l’autre seront grandes, et plus fort ça clachera entre nous le jour où il ou elle ne les satisfera pas comme nous le lui avons implicitement demandé au début de la relation, quelle qu’elle soit. Et cette demande implicite peut être extrêmement sournoise, car elle est souvent dissimulée sous des tonnes d’ « altruisme » de notre part (ou de la part de l’autre – ça marche dans les deux sens). Sauf que nous faisons tout ça dans l’attente que l’autre nous rende la pareille.

Les cadeaux, les attentions, les services et les « sacrifices » sont alors rarement gratuits. Il le sont pour la personne qui s’aime et qui sait répondre à ses propres besoins sans exiger que l’autre s’en charge à sa place. Quand cela arrive, il ne s’agit plus de sacrifice, mais de don de soi – j’en parle un peu plus loin. Mais la plupart du temps, eh bien c’est ni plus ni moins qu’un cadeau empoisonné! Qui cherche à nous rendre redevable et à nous engager à répondre aux attentes de l’autre – on connaît tous le fameux: « Après tout ce que j’ai fait pour toi! »

Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu oses me décevoir! Après tout ce que j’ai fait pour toi tu oses me quitter. Après tout ce que j’ai fait pour toi tu oses me dire non! Après tout ce que j’ai fait pour toi tu oses m’insécuriser! Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu oses… être simplement toi-même, même si cela doit me déplaire.

CULPABILITÉ et sacrifice

L’autre raison pour laquelle nous tendons à nous sacrifier pour notre entourage est par culpabilité. Nous adoptons souvent ce comportement avec les membres de notre famille: parents ou enfants, parfois frères et soeurs aussi. Si nous éprouvons de la culpabilité à leur égard, nous aurons tendance à adopter un comportement sacrificiel. Paradoxalement, quand on éprouve de la culpabilité, le soulagement ne vient pas du fait de voir la personne pour laquelle on se sacrifie heureuse et épanouie, mais bien du fait que ce sacrifice nous fait souffrir d’une certaine manière.

Et c’est quelque part logique car à l’origine du mot sacrifice il y a douleur et souffrance:

« SACRIFICE, subst. masc.

A. − RELIGION

1. Action sacrée par laquelle une personne, une communauté offre à la divinité, selon un certain rite, et pour se la concilier, une victime mise à mort (réellement ou symboliquement) ou des objets qu’elle abandonne ou brûle sur un autel. Synon. holocauste, immolation, oblation, offrande. Agréer un sacrifice; faire, offrir un sacrifice; offrir qqc. en sacrifice (à un dieu). »

(source: « Trésor de la Langue Française informatisé »)

Quand nous culpabilisons ainsi nous cherchons inconsciemment à nous punir – j’aborde ce point dans un précédent article. Et en même temps nous imaginons qu’en ne répondant pas aux attentes de l’autre nous le faisons souffrir – donc notre sentiment de culpabilité est susceptible encore d’augmenter. Ce mécanisme peut paraître étrange mais au fond il possède une logique implacable. La culpabilité est une forme de non-amour pour soi. Et quand nous sommes dans le non-amour et la négation de soi, nous ne pouvons agir avec amour. C’est impossible.

Nous nous retrouvons ainsi à faire des choses pour nos proches en nous forçant très souvent et en n’y prenant aucun plaisir, tout en leur faisant croire que nous nous « éclatons ». Combien de fois étions-nous invités à un repas de famille où nous n’avions aucune envie d’assister? Mais nous y sommes allés pour ne pas faire de la peine à notre mère ou à notre père, ou à notre grand-mère ou grand-père. Combien de fois nous nous démenons à répondre aux attentes de nos enfants au prix de notre épuisement, alors que nous n’avons pas forcément la disponibilité psychique ou physique de faire telle ou telle chose à tout prix? Combien de fois nous nous ruinons pour acheter des choses hors de prix à nos enfants car nous pensons qu’ils seront malheureux s’ils sont frustrés « par notre faute »?

Ce comportement hypocrite que nous adoptons envers nous-même d’abord et puis, envers l’autre, approfondit le malaise en nous. Si les personnes pour qui nous faisons des choses par sacrifice savaient que ça nous embêtait à ce point, pire que ça nous faisait mal ou provoquait parfois de terribles souffrances en nous, il y a fort à parier qu’elles ne voudraient pas que nous fassions cela pour elles. Elles culpabiliseraient d’être responsables de notre souffrance. Quand nous aimons quelqu’un nous souhaitons le voir heureux.

Imaginez, vous vous sacrifiez pour votre enfant. C’est un phénomène courant dans de nombreuses familles: beaucoup de parents pensent que l’amour d’un parent passe par le sacrifice. Au départ, votre enfant ne sait pas que vous vous sacrifiez et il pense que vous avez sincèrement envie de faire ce que vous faites pour lui, que ça vous procure du plaisir. Mais en réalité vous souffrez. Si l’enfant le savait (et il finit toujours par le ressentir tôt ou tard), pensez-vous qu’il aurait envie que vous souffriez à cause de lui?

Comment vous sentiez-vous quand vous étiez enfant quand vos parents étaient malheureux? Ça vous faisait mal, vous aviez envie d’ôter leur souffrance et vous culpabilisiez de ne pouvoir le faire. Eh bien, il se passe la même chose avec votre enfant quand il sent que vous n’êtes pas heureux – peu importe la raison. Mais si, en plus, il sent être à l’origine de cette douleur, sa souffrance est encore plus grande.

Les enfants sont des éponges à émotion – surtout des émotions de leurs parents. De ce fait, le plus grand service que vous puissiez leur rendre n’est pas de vous sacrifier pour eux, mais de devenir vous-même heureux et épanoui. Et cela passe par l’écoute et le respect de qui vous êtes, de vos désirs et besoins, de ce qui vous rend heureux. Si vous vous autorisez à être heureux – au risque de leur déplaire parfois – cela leur ôtera un énorme poids des épaules et leur donnera la permission de vivre leur propre vie en toute sérénité. Sinon ils se sentirons responsables de votre douleur toute leur vie et essaieront par tous les moyens de vous protéger et de vous rendre heureux… en se sacrifiant à leur tour.

Sacrifice ou don de soi?

Bien sûr, quand il s’agit de répondre aux besoin vitaux d’un enfant, il peut être nécessaire de mettre momentanément nos besoins de côté. Mais, passé la petite enfance, ce n’est pas systématique et cela dépend des situations. Quand nous faisons taire notre propre besoin ou désir au profit du besoin ou du désir de l’enfant, nous le faisons pour une bonne raison et en général c’est temporaire – nous savons qu’en ce moment c’est l’enfant qui est prioritaire. Dans ce cas, nous ne parlons pas de sacrifice mais de don de soi. Quand nous sommes dans le don de soi nous nous efforçons mais nous ne nous forçons pas. La différence peut paraître subtile mais elle est extrêmement importante.

Il nous est parfois difficile de comprendre que nous ne pouvons pas nous occuper efficacement de quelqu’un – y compris nos enfants – si nos batteries sont vides, si nous n’avons pas d’abord pris soin de nous-mêmes, autant physiquement que psychiquement. Pourquoi croyez-vous que les consignes des avions demandent toujours de mettre le masque à oxygène d’abord sur vous-même avant d’aider votre enfant à le mettre? Car si vous perdez connaissance, vous serez tous les deux privés d’oxygène.

Le vrai sacrifice existe dans la nature mais dans des cas bien précis et de courte durée – principalement lorsqu’il s’agit d’assurer la survie de l’espèce. Une mère louve peut donner sa nourriture à ses petits en se privant elle-même de manger et peut risquer sa vie pour les sauver d’un danger. Point. Et elle le fait jusqu’à ce que ses petits deviennent suffisamment autonomes pour pouvoir se nourrir et se défendre tout seuls. Elle ne continue pas à le faire au-delà. Au-delà, elle ne se sacrifie plus, elle les aide ponctuellement tout en restant vigilante et ne néglige surtout pas ses propres besoins. D’ailleurs elle devient très vite occupée par d’autres activités une fois qu’elle s’est assurée de la survie de sa portée, et donc de la continuité de l’espèce.

On a vu que dans le sacrifice il y a un élément de souffrance, de non existence, de « mort » symbolique pour celui qui se sacrifie. Et à moins d’avoir une exceptionnellement bonne raison de le faire – pas moins qu’une question de vie ou de mort – ce sacrifice est la plupart du temps inutile car il répond aux besoins inconscients de la personne qui se sacrifie et non aux besoins réels de la personne en face.

Le don de soi, comme son nom l’indique, consiste à être suffisamment plein pour donner une part de soi, et non pas de se donner entièrement à l’autre au point de se vider de sorte qu’il ne reste plus rien de ce que nous sommes à la fin.

Par exemple, dans le don de soi, nous ne remplaçons pas notre vie par la vie de notre enfant. Nous ne nous effaçons pas au profit de notre enfant. Nous et notre enfant ne faisons pas qu’un – sauf quand l’enfant est tout petit et dépend entièrement de nous pour survivre. Nous ne nions pas qui nous sommes et ce dont nous avons besoin, nous différerons simplement parfois dans le temps la satisfaction de nos désirs et besoins car la priorité est donnée naturellement à l’enfant dont nous nous occupons de la meilleure manière possible afin qu’il s’épanouisse. Et l’enfant s’épanouit précisément parce que ses parents existent pleinement et sont pleinement vivants, de cette façon lui permettent aussi d’exister en tant qu’individu séparé – et non parce qu’ils fusionnent en permanence avec lui, entravant de ce fait son développement.

Renoncer à notre vie sous prétexte que nous avons des enfants nous rendra malheureux à terme et n’est certainement pas un bon exemple pour nos enfants qui apprendront que l’amour et le sacrifice vont de pair. Il y a de grandes chances que plus tard dans leurs relations ils cherchent à reproduire le même schéma: « Si tu m’aimes, tu dois te sacrifier pour moi. » Ou bien: « Si je t’aime je vais m’oublier et je vais me sacrifier pour toi! »

Moussa Nabati rappelle ainsi que quand nous nous sacrifions pour l’autre, en réalité c’est l’autre que nous sacrifions. C’est peut-être difficile à comprendre de prime abord, mais il y a finalement quelque chose de vrai là-dedans.

« le bon ÉGOÏSME »

Dans son livre « Le chemin le moins fréquenté« , Scott Peck dit que le véritable amour est toujours égoïste. Mais il ne dit pas cela d’un point de vue négatif, au contraire. Il dit que nous ne pouvons faire quelque chose de bon pour l’autre que si cela nous nourrit également, que quand nous faisons des choses pour l’autre nous le faisons parce que cela nous fait plaisir, parce que nous l’avons décidé et que cela participe autant à l’évolution de l’autre qu’à notre propre évolution. Il conclut que l’amour de soi et l’amour de l’autre sont inséparables, voire que c’est une seule et même chose.

J’ai envie de résumer cela de la façon suivante: quand je t’aime, je m’aime et quand je m’aime, je t’aime. Parce qu’au niveau du Cosmos nous ne faisons qu’un, ne l’oublions pas. Donc, quand nous nous faisons souffrir nous faisons souffrir ceux qui nous aiment, qu’on le veuille ou non. Et quand nous sommes heureux, nous contribuons à leur bonheur.

Nous ne pouvons donc aimer personne au prix de notre bonheur. Car nous ne pouvons véritablement aimer que de façon égoïste – que si nous sommes heureux. Pourtant, la croyance en la nécessité du sacrifice a la peau dure dans nos sociétés. La « faute » à Jésus? Je ne suis même pas sûre que nous ayons bien compris son message. Le sacrifice de Jésus qui est « mort » sur la croix est pour moi une espèce d’acte symbolique – cette opinion n’engage que moi – et il me semble qu’il ne faut pas le prendre à la lettre. Mais je pense que ce sera le sujet d’un autre article.

Je termine cette longue réflexion par l’histoire que mon maître spirituel préféré Anthony de Mello raconte dans son livre « Quand la conscience s’éveille » et qui me semble très parlante pour l’occasion:

« Une dame m’a raconté que lorsqu’elle était enfant un de ses cousins jésuite avait dirigé une retraite dans une église de Milwakee. Il commençait chaque causerie par ces mots: « L’épreuve de l’amour est le sacrifice et la mesure de l’amour est la générosité. » Quelle merveille! Alors, j’ai demandé à cette dame: « Voudriez-vous que je vous aime au prix de mon bonheur? » – « Oui », me répondit-elle. Merveilleux, n’est-ce pas? Elle m’aimerait au prix de son bonheur, je l’aimerais au prix de mon bonheur, et nous deviendrons ainsi deux personnes malheureuses. Vive l’amour! »

Alors, la prochaine fois que nous déciderons de faire quelque chose pour l’autre – enfant, parent, ami, conjoint, frère ou sœur -, arrêtons-nous un instant et demandons-nous quelles sont nos motivations réelles. Ce geste est-il motivé par l’amour véritable – pour nous et pour l’autre? En d’autres mots, nous rend-il véritablement heureux et épanoui – afin que nous puissions partager ce bonheur et cet épanouissement avec l’autre?

Que pensez-vous de tout ça?