PROJECTION, DUALITÉ ET CONNAISSANCE DE SOI

OU POURQUOI LA RÉALITÉ COMMENCE ET FINIT PAR NOUS-MÊME

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« Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est mais tel que nous sommes. »

(Emmanuel Kant)

En physiques quantique, on tient le postulat que la réalité n’existe que dans le regard de celui qui l’observe. Ou qu’elle n’existe en tant que telle que parce qu’il y a un observateur. La chose observée se modifie sous le regard de l’observateur au point de ne plus savoir si c’est l’œuf ou la poule qui est sorti en premier. Il y aurait donc autant de réalités que d’observateurs! Le bouddhisme rejoint ce postulat en affirmant que la réalité est « vide » par essence et que c’est nous qui la remplissions de tous les éléments qui la constituent. Les éléments de la réalité « objective » – que nous percevons comme extérieurs à nous – ne sont rien d’autre que des éléments intérieurs et subjectifs qui nous constituent.

En d’autres mots, nous projetons notre monde intérieur à l’extérieur de nous créant de cette façon une réalité qui n’appartient qu’à nous. Que nous le réalisions ou non, notre existence entière est conditionnée par différentes formes de projection. On peut dire sans trop exagérer que la projection est l’élément majeur de l’existence humaine et le principal mécanisme qui caractérise nos expériences « terrestres ».

QU’EST-CE QUE LA PROJECTION [de la RÉALITÉ]?

« Tu serais pas en train de te faire un film? »

Quand on va au cinéma, on nous « projette » un film. Nous sommes installés devant un écran où à la base il n’y a rien: il est blanc. Puis, le film commence et nous voyons tout un tas de choses apparaître sur l’écran. Il y a des images, des personnages, des interactions entre les personnages… Nous avons l’impression que tout ce que nous voyons « vit » dans l’écran qui se trouve en face de nous.
Quand j’étais enfant, j’étais persuadée de la même manière, que les personnages que je voyais à la télé vivaient à l’intérieur de la télé. J’avais beaucoup de mal, avec mon cerveau et mon imagination d’enfant, à comprendre que personne n’était en réalité enfermé dans cette boîte et que ce n’étaient que des images. C’était une belle illusion – que vous avez peut-être également connue quand vous étiez tout petits.

En tant qu’adultes nous savons désormais que la notion de projection [d’un film] fait référence à une image qui s’affiche sur un écran, mais qui n’est pas générée dans l’écran. Techniquement, derrière nous (tout en haut dans la salle de cinéma) il y a un opérateur en train d’actionner des mécanismes pour faire projeter le film sur l’écran. Mais quand nous regardons le film, et surtout si celui-ci est captivant pour nous, nous pouvons totalement oublier que tout cela n’est qu’une projection – nous sommes dans le film! Et même si nous sommes allés au cinéma en compagnie d’autres personnes, une fois sortis de la salle, nous discutons du film et nous constatons que tout le monde « n’a pas vu le même film »: tout le monde n’a pas eu les mêmes impressions du film car chacun d’entre nous en a été touché différemment – en fonction de son propre état d’esprit et de son propre vécu. C’est ainsi que le film objectif projeté sur l’écran se transforme en impression subjective à l’intérieur de nous.

« Techniquement », la création et la projection de notre réalité dans cette vie et sur cette planète, ressemble beaucoup au processus de production et de projection d’un film dans le monde audio-visuel. Comme au cinéma, ce processus suit plusieurs étapes. Il y a d’abord la création « mentale » du film: choix du scénario, des personnages, des dialogues. Ensuite, les choix de la production: qui va incarner tel ou tel rôle, de quelle manière va se dérouler l’action, avant que l’on passe au tournage. Et enfin, la distribution: le film arrive dans les salles de cinéma et il est « matérialisé » devant les yeux des spectateurs. Bon visionnage des films que vous avez créés! (Mais qu’est-ce qu’elle raconte!)

Peut-être avez-vous oublié au passage que vous étiez le metteur en scène, le scénariste, le réalisateur, l’opérateur de projection et le spectateur! Oui, tout cela à la fois! Non, rassurez-vous, vous n’êtes pas schizophrène 🙂 Le but du jeu en arrivant sur Terre est d’expérimenter la dualité – pour cela, il faut maintenir dans un premier temps l’illusion que nous ne sommes pas les autres. Que la réalité de l’autre n’est pas notre réalité. Le paradoxe est que c’est en partie vrai. Nous sommes les autres, tout en ignorant les parties de nous-même que ces autres cherchent à nous révéler (très souvent à notre insu). Vous me suivez?

la RÉALITÉ objective existe-t-elle?

Dans ces conditions purement terrestres de la réalité 3D (traduisez « troisième dimension« ), qui peut affirmer avec certitude à quoi ressemble la réalité objective? En effet, personne car nous sommes tous des sujets. La réalité objective n’existe pas! Ce qui est en nous (notre monde intérieur, nos représentations mentales, nos histoires passées) détermine ce que nous allons percevoir de la réalité extérieure et qui n’a rien à voir avec ce que d’autres vont percevoir de leur point de vue de cette même réalité. Tout comme nous, les autres sont conditionnés par leur propre monde intérieur et leur propres images inconscientes. Ils vivent dans leur propre interprétation de la réalité.

D’ailleurs, étymologiquement, on dit « film » de cinéma, mais « film » veut dire également « voile », « couche » qui est déposée sur une surface, ou encore « filtre ». N’est-ce pas intéressant! Les films que nous créons dans notre vie et où nous vivons une grande partie du temps sont notre filtre spécifique à travers lequel nous interprétons la réalité. Et il n’y a pas deux personnes aux filtres identiques. Chacun de nous vit dans son propre film. Ou dans son propre rêve, comme le dirait Don Miguel Ruiz, l’auteur des accord toltèques. Raison pour laquelle il insiste que nous ne devons rien prendre personnellement.

« Vous n’êtes aucunement responsable de ce que les autres font. Leurs actions dépendent d’eux-mêmes. Chacun vit dans son propre rêve, dans sa propre tête; chacun est dans un monde totalement différent de celui dans lequel vous vivez. Lorsque nous faisons de tout une affaire personnelle, nous partons du principe que l’autre sait ce qu’il y a dans notre monde, et nous essayons d’opposer notre monde au sien.
Même lorsqu’une situation paraît très personnelle, même lorsque vous vous faites insulter, cela n’a rien à voir avec vous. Ce que les gens disent, ce qu’ils font et les opinions qu’ils émettent dépendent seulement des accords qu’ils ont conclus dans leur propre esprit.

(Don Miguel Ruiz, « Les Quatre accords toltèques »)

le vrai but des projections

La majorité d’entre nous avons perdu de vue notre vrai objectif sur terre – qui est d’en apprendre un peu plus sur nous pour découvrir qui nous sommes. Pour ça nous utilisons nos projections – afin de voir chez les autres ce qu’il nous est impossible de voir en nous. En apprenant à connaître les autres nous apprenons à nous connaître. Tel est le vrai but des projections et de la coexistence des différentes réalités. Seulement, nous ne sommes pas si sages, du moins pas avant d’avoir acquis une certaine quantité d’expérience. Et nous nous comportons souvent vis-à-vis de la réalité qui nous entoure comme le petit enfant qui croyait que les personnages à la télé vivaient à l’intérieur de celle-ci. En d’autres mots, nous croyons dur comme fer que notre interprétation de la réalité est LA réalité. Et nous refusons catégoriquement d’admettre que les autres points de vue existent et complètent cette réalité.

Nous nous sentons menacés par la réalité des autres si elle diffère trop de la notre et nous sommes souvent prêts à sortir les armes pour faire rentrer les autres dans notre propre réalité. Combien de guerres ont éclaté sur la base de divergences de point de vue? Chacun pensant que son monde était LE monde, que sa vérité était LA vérité, que sa religion était LA religion… Notre ego craint de perdre ses repères. Il a peut-être raison: il pense savoir qui il est mais un beau jour il se réveille et il ne sait plus. Si nous nous accrochons aussi fermement à nos points de vue, à nos histoires, à nos illusions, à nos croyances, à notre savoir, c’est parce que nous avons peur en les lâchant, de ne plus savoir qui nous sommes. Mais à la base, savons-nous qui nous sommes en réalité? Si nous le savions nous aurions moins peur de nous perdre, mais la vérité est que nous ne savons pas. Nous ne nous connaissons pas vraiment. Sinon, nous n’aurions pas besoin de faire toutes ces expériences et de rencontrer tous ces « autres » qui nous reflètent dans notre réalité projetée.

« Zhuangzi rêva une fois qu’il était un papillon, un papillon qui voletait et voltigeait alentour, heureux de lui-même et faisant ce qui lui plaisait. Il ne savait pas qu’il était Zhuangzi. Soudain, il se réveilla, et il se tenait là, un Zhuangzi indiscutable et massif. Mais il ne savait pas s’il était Zhuangzi qui avait rêvé qu’il était un papillon, ou un papillon qui rêvait qu’il était Zhuangzi. »

(Zhuangzi, « Discours sur l’identité des choses »)

Ceux qui ont travaillé sur l’interprétations des rêves savent que dans un rêve on incarne le rôle de tous le personnages peuplant notre rêve: on est à la fois le méchant qui nous poursuit et la victime qui essaie d’échapper à son agresseur, on est la mère qui prend soin de l’enfant et l’enfant malade, on est le mari et la femme, l’ami et l’ennemi… On est même le petit chien qui dort près de la cheminée et l’arbre dans le décor de notre rêve! Tous les aspects de notre psychisme se mettent en interaction et s’expriment à travers notre inconscient par la voie royale des rêves. Le mécanisme des rêves nous suggère que nous sommes le créateur de notre propre monde, de notre « film de vie » – raison pour laquelle nous pouvons incarner tous les rôles dedans. Nous sommes l’observateur et l’observé. Nous sommes des apprentis Dieux car nous sommes une parcelle de Dieu.

Il paraît que c’est le processus même de la création de notre espèce sur le plan divin. Dans la Bible on dit que Dieu nous a créées à son image. Je ne pratique aucune religion et je ne peux affirmer ce qui est vrai dans ce livre. Ce qui ne veut pas dire que je nie l’existence de Dieu – bien au contraire. Sauf que ma représentation de Dieu n’est pas celle des religions. En même temps, cela n’a aucune importance, dans la mesure où, religion ou pas, chacun de nous aura sa propre représentation de Dieu, en fonction de la réalité qu’il habite – et qui l’habite. Cela dit, je pense que Dieu nous a projetés dans une image à l’extérieur de lui afin de mieux voir qui il est. Nous ne pouvons de ce fait pas être séparés de Dieu car nous faisons partie de la même Source.

Les lois de l’Univers dont fait référence Le Kybalion par exemple, confirment un peu l’existence de ce grand TOUT que certains appellent « Dieu », mais que l’on peut finalement appeler de la manière qui nous convient.

leS DEUX PREMIERS principeS du kybalion

Le Kybalion est une étude sur la philosophie hermétique de l’ancienne Égypte et de l’ancienne Grèce. C’est un recueil de principes expliquant les sept lois régissant l’Univers. La première de ces loi se formule ainsi:

« Le Tout est Esprit ; l’Univers est Mental ».

Pour simplifier (car l’explication est beaucoup plus complexe que cela), le monde tel que nous le connaissons – mais aussi tout ce qui EST – serait créé… à l’intérieur d’un gigantesque esprit! Pourquoi pas! Avant de rejeter cette hypothèse comme farfelue et totalement illogique, réfléchissons un peu. Que savons-nous exactement des mystères de l’Univers? Pas grand-chose en réalité. Et les vérités officielles que l’on apprend à l’école sont-elles vraiment prouvées? Ne sont-elles pas autant d’hypothèses à l’intérieur d’autres hypothèses? Qui peut prouver que le Big Bang a réellement eu lieu et comment? Notre univers serait créé à partir d’une espèce de tête d’épingle qui serait devenue immense en quelques secondes? Je ne l’exclus pas. Mais si l’on peut admettre ce fait – désormais « scientifique » – je ne vois vraiment pas pourquoi on ne pourrait pas admettre tout un tas d’autres choses. Comme les sept principes de l’hermétisme dont le premier nous dit que toute la réalité est une création de l’esprit.

Le deuxième principe hermétiques des lois de l’univers est le Principe de Correspondance et je pense qu’il est beaucoup plus connu:

« Ce qui est en Haut est comme ce qui est en Bas ; ce qui est
en Bas est comme ce qui est en Haut. »

Selon cette loi, l’infiniment grand renferme l’infiniment petit – en d’autres mots, chaque partie du TOUT contient le tout. On a des preuves un peu plus scientifiques de ce principe, donc il serait peut-être plus facile à comprendre.

Suivant ces deux premiers principes, si le grand Esprit a créé sa réalité au sein de laquelle nous évoluons, à notre tour nous créons nous aussi notre propre réalité – d’abord et surtout dans notre esprit! Ainsi, chaque événement qui se matérialise dans notre vie a d’abord été créé dans notre propre esprit – consciemment ou inconsciemment. Raison pour laquelle on peut affirmer que nous sommes les créateurs de notre réalité. Nous et personne d’autre. Nous sommes à la fois le réalisateur, le scénariste et l’opérateur qui projette ensuite le film sur l’écran de notre réalité. Et – comble du tout! – nous en sommes aussi le spectateur. Qui se plaint souvent que la réalité ne correspond pas à ses attentes.

Et comme dans nos rêves, les autres personnages peuplant notre réalité – les personnes avec qui nous interagissons dans notre vie, sont nos projections qui nous reflètent et nous permettent de mieux nous connaître et de mieux appréhender la réalité que nous avons créée. Chacun de nous étant une petite parcelle de la même Source, et contenant en soi toutes les autres parties, on peut dire que chaque personne dans notre vie fait partie de nous – mieux encore, c’est une autre version de nous-même. Nous sommes comme un miroir brisé en milliards de morceaux et chaque morceau fait partie du même grand puzzle et reflète une petite part des autres parties.

NOUS SOMMES À LA FOIS L’OBSERVATEUR ET L’OBSERVÉ

La réalité extérieure nous permet d’avoir une sorte de « feedback » sur notre expérience terrestre afin de voir qui nous sommes et de prendre connaissance de toutes nos facettes – exactement comme Dieu. Suivant cette logique, Dieu serait un sujet aussi et il aurait besoin de projeter ce qu’il est à l’extérieur de lui… pour mieux l’appréhender. Il est dans un gigantesque processus d’observation des autres parties de lui-même – tout comme nous.

La réalité extérieure que nous créons n’est donc rien d’autre que l’écran de cinéma où sont visibles les résultats de ce que nous avons créé derrière l’écran. Mais c’est nous qui actionnons tous les mécanismes et décidons de ce qui apparaîtra ou non dans le monde visible, et de quelle manière. Bien sûr, nous avons convenu tout cela avec le « Grand réalisateur »: nos films sont à l’intérieur de son film. L’infiniment grand renferme l’infiniment petit, ne l’oublions pas.

Alors, la prochaine fois que nous aurons envie de blâmer telle ou telle circonstance de note vie, ou telle ou telle personne qui nous a fait du mal, arrêtons-nous un instant et posons-nous la question: « Pourquoi j’ai attiré cette expérience dans ma vie? Quel est le bénéfice que j’en tire? Quelle est la leçon que je dois apprendre? » Aussi douloureuse que soit l’expérience, c’est nous qui l’avons créée. Et même si nous n’en voyons pas immédiatement les tenants et les aboutissants, un beau jour nous aurons peut-être la chance de prendre conscience de tout son sens.

« Chaque personne, tous les événements de ta vie, sont là parce que tu les as attirés là. Ce que tu choisis d’en faire n’appartient qu’à toi. »

(Richard Bach, « Illusions »)

L’avantage de cette prise de conscience est que nous sortons de la position de victime et nous reprenons le contrôle de notre vie en assumant l’entière responsabilité de ce qui nous arrive et de la manière dont nous le vivons. Si c’est nous qui avons créé les circonstances désastreuses de notre vie, c’est que nous avons également le pouvoir de créer des circonstances merveilleuses. Enfin, cela me paraît assez logique.

L’univers est mental. Notre univers commence dans notre esprit. Nos films se créent d’abord dans notre tête. Et nous les projetons sans cesse à l’extérieur. Tout cela est OK. Si nous gardons en mémoire qu’il sont parfois très éloignés de la réalité des films des autres. Arrêtons donc de nous faire des films sur les autres et contentons-nous de gérer notre propre film de la meilleure manière qui soit. Et laissons aux autres la liberté de créer leurs propres films et de les gérer à leur manière. Parfois, pour nous amuser nous pouvons préparer une assiette de popcorn et inviter une autre personne à une séance de visionnage de notre film. Sans le lui imposer. Juste pour le « fun » – et pour que la personne prenne connaissance de notre perspective de la réalité. Tout comme nous pouvons prendre connaissance de la sienne. Pas besoin de se faire la guerre pour ça et d’exiger que l’autre laisse tomber son propre film pour venir rejoindre le notre. Il n’a pas besoin de ça et nous non plus. En revanche, nous pouvons enrichir mutuellement les versions de nos films respectifs pour à terme, les faire mieux coexister – ce qui est le but du jeu au final. « Mon rôle dans ton film n’est pas le même que ton rôle dans mon film. Pourrions-nous nous aider à mieux interpréter chacun son rôle respectif? Ou vaudrait-il mieux choisir quelqu’un d’autre pour ce rôle? »

Je terminerai ce long article par une fable zen extraite du livre de Gérard Athias, Racines familiales de la « mal a dit », T.1. C’est un exemple très parlant de projection de deux réalités totalement différentes pour chacun des personnages dans un seul espace-temps.


« L’idiot et le théologien

Un moine zen vivait avec son frère borgne et idiot. Un jour, alors qu’il devait s’entretenir avec un théologien célèbre, venu de loin pour le rencontrer, il se trouva dans l’obligation de s’absenter. Il dit alors à son frère :
– Reçois bien! et traite bien cet érudit ! Surtout ne lui dis pas un mot et tout ira bien.

Le moine quitta le monastère. Dès son retour, il alla promptement retrouver son visiteur :
– Mon frère vous a-t-il bien reçu ? s’enquit-il, plein d’enthousiasme. Le théologien s’exclama :
– Votre frère est absolument remarquable. C’est un grand théologien.
Le moine surpris bégaya:
– Comment ?… mon frère, un… théologien ?…
– Nous avons eu une conversation passionnante, reprit l’érudit, uniquement en nous exprimant par gestes. Je lui ai montré un doigt, il a répliqué en m’en montrant deux. Je lui ai alors répondu, comme c’est logique, en lui montrant trois doigts, et lui stupéfait, en arborant un poing fermé, a conclu le débat… Avec un doigt, je professai l’unité de Bouddha. De deux doigts, il élargit mon point de vue en me rappelant que Bouddha était inséparable de sa doctrine. Enchanté par la réplique, avec trois doigts, je lui signifiai: Bouddha et sa doctrine dans le monde. Il eut alors cette sublime réplique, en me montrant son poing: Bouddha, sa doctrine, le monde, tout cela fait un. La boucle était bouclée.

Quelque temps plus tard, le moine alla retrouver son borgne de frère :
– Raconte-moi ce qui s’est passé avec le théologien !
– C’est très simple, dit le frère. Il m’a nargué en me montrant un doigt pour me faire remarquer que je n’avais qu’un œil. Ne voulant pas céder à la provocation, je lui retournai qu’il avait de la chance, lui, d’en avoir deux. Il s’ s’obstina, sarcastique : « De toute façon, à nous deux cela fait trois yeux. » Ce fut la goutte qui fit déborder le vase. En lui montrant mon poing fermé, je le menaçai de l’étendre sur-le-champ s’il ne cessait ses insinuations malveillantes. »

Je trouve que cette histoire illustre merveilleusement bien la façon dont nous projetons nos propres films à l’extérieur de nous et créons une réalité qui ne ressemble en rien à celle de la personne qui se tient en face de nous – et qui est en train de faire la même chose que nous 🙂

3 commentaires sur “PROJECTION, DUALITÉ ET CONNAISSANCE DE SOI

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