ET LE PRIX DU RENONCEMENT

Cette semaine j’ai décidé de commencer à expérimenter une nouvelle formule pour mon bulletin hebdomadaire Astro-Tarot. Les cartes Tarot sont un formidable outil de connaissance de soi qui permet de prendre conscientes des dynamiques qui se jouent à l’intérieur de chacun de nous. Celles-ci ne sont pas identiques pour tout le monde au même moment, en revanche elles sont universelles car elles concernent la nature humaine dans sa globalité.
On peut de ce fait puiser dans les cartes des messages d’une grande profondeur destinés à éclairer notre conscience et à nous aider à mieux comprendre nos problématiques passées et présentes. Pour les problématiques futures, cela résonnera aussi, mais a postériori 🙂 Il faudra donc revenir à ce message à un moment ultérieur pour en comprendre le sens.
J’ai abordé la question du choix dans mon précédent bulletin Météo Astro-Tarot. J’aimerais encore l’approfondir ici en réfléchissant à un aspect particulier de la problématiques du choix, notamment celui de la perte et du renoncement.
Astrologiquement, cela résonnera avec les énergies plutoniennes, mais également avec celles de Saturne et d’Uranus – et l’on y trouvera une analogie avec le Tarot. Bien sûr, tout est toujours lié!
Le sujet m’a été inspiré par quelque chose que j’ai lu récemment sur le site Chetilishte.com – un blog bulgare d’actualités, d’informations et de réflexions en tout genre.
La pensée qui m’a en quelque sorte frappée était la suivante:
« Pour revenir vers quelque chose, il faut d’abord l’avoir quitté. »
Cela me fait penser au fait que l’on ne peut pas se séparer de quelque chose qu’on n’a jamais eue. Vous me suivez?
Cela me fait penser aussi que stagner dans le non-choix s’apparente à une mort symbolique.
D’un autre côté, choisir c’est renoncer à quelque chose et cela amène aussi une mort symbolique, de cette autre option ou personne à laquelle nous avons renoncée.
Dans le meilleur des cas, ancrer un choix dans la réalité implique de faire le deuil d’un déroulement idéal de la situation. Et dans le pire des cas, choisir une option qui serait incompatible avec une autre, nous fait réellement perdre quelque chose.

Quelle que soit la configuration, le deuil parait inévitable dans tous les cas. Alors, la peur de faire un choix est en grande partie liée à la peur de cette mort symbolique induite par le choix. C’est au final la peur d’affronter la douleur de la perte dans le processus du deuil.
On n’est pas tous égaux devant la perte. Ni dans les faits qui induisent la perte, ni dans notre façon de la vivre. Certaines personnes ne supportent l’idée même de la perte. Logiquement, on pourrait imaginer que ce seraient ces personnes-là qui éviteraient d’effectuer des choix de façon trop active. Elles pourraient faire plus facilement des choix dans des domaines qui n’impliquent pas trop d’enjeu. Et se retrouver totalement bloquées dans d’autres domaines où choisir équivaudrait pour leur inconscient de mourir en quelque sorte.
Sauf qu’en ne choisissant pas, la mort symbolique s’installe quand même. Elle s’installe de façon insidieuse et le processus « de non-deuil » dure une éternité. C’est un peu comme quand on prend des anti-dépresseurs suite à un événement traumatique. Cela enlève les symptômes de la souffrance mais ne stoppe pas le processus sous-jacent qui devient en quelque sorte chronique et agit en sous-tâche et à notre insu, en nous faisant développer toutes sortes de symptômes désagréables qui durent dans le temps.
D’ailleurs chronique – pour définir ce qui persiste et dure dans le temps – me fait penser à Cronos dans la mythologie grecque. Son équivalent dans la mythologie romaine est Saturne et il est bien connu des astrologues.
Dans l’astrologie, Saturne est le gardien du temps, celui qui rythme les cycles de vie humains. C’est la planète des structures, des lois, de la sécurité, des peurs et de l’attachement au connu. Dans la mythologie il avait émasculé son père (Uranus) le privant ainsi de son potentiel (pro)créatif.
Dans la vraie vie humaine, Saturne utilisé à bon escient est un principe structurant qui nous aide à construire nos vies – depuis notre personnalité, en passant par nos projets jusqu’à nos relations interpersonnelles. Il peut s’avérer cependant bloquant et castrateur s’il agit en excès ou s’il est mal utilisé. Vu la façon dont il avait agi avec son père dans le récit mythologique, il craignait lui-même d’être anéanti à son tour.
Alors il redouble de vigilance, se protège à l’excès et ne laisse rien au hasard. Pour contrôler sa peur de la souffrance et de la mort, il est constamment sur ses gardes et dans la maîtrise de lui-même, et accessoirement de son environnement – c’est le meilleur moyen de se prémunir contre une « attaque » inattendue. Cet excès de protection a pour effet un renfermement sur lui-même dans une forme de stérilité – émotionnelle, créative, intellectuelle, vitale. On est tellement figé et protégé derrière nos barrières saturniennes qu’on ne sait même plus si on y est vivant ou mort.
Saturne est de ce fait appelé « le grand constructeur » du zodiaque, mais également « le grand saboteur ». Et tout dépend comment on choisira de s’en servir.

Saturne symbolise aussi la responsabilité sous toutes ses formes. Or, on l’avait vu précédemment, le choix implique toujours la responsabilité. Outre la peur de la souffrance du deuil qui nous bloque dans l’acte de choisir, on craint aussi la responsabilité des conséquences de nos choix. Cela nous fait un double blocage.
On a déjà vu que la carte de l’Amoureux est celle qui évoque toute la complexité de la problématique du choix. Elle est tellement complexe que son sens n’a toujours pas été clairement identifié. Sa symbolique est donc très riche et donne également à notre inconscient un nombre élevé de possibilités d’interprétation. Comme la plupart des arcanes majeures du Tarot, me direz-vous. En effet.
Donc, que nous restions bloqués dans le non-choix ou que nous tranchions en faveur d’une option en renonçant à une autre, l’Amoureux (le choix) sera suivi tôt ou tard de l’Arcane sans nom – la mort symbolique, la perte, le deuil. Seulement, dans le non-choix, nous trainons ce processus de façon plus ou moins chronique et dans le choix actif, nous acceptons de vivre ce deuil en conscience.
L’association astrologique de l’Arcane sans nom est Pluton. Pluton est le grand « laboureur » du zodiaque, une puissance des profondeurs de l’inconscient à laquelle rien ne résiste indéfiniment. C’est l’un des « prédateurs » de Saturne quand ce dernier est trop bloqué dans ses structures rigides et sécuritaires. Mais en réalité, il est celui qui, à terme, aide Saturne à fabriquer son or. Pluton travaille dans l’ombre, de façon sous-terraine, parfois durant de nombreuses années. C’est le roi des ténèbres et son travail n’est rien de plus et rien de mois que de préparer le terrain de la transformation du plomb saturnien en or (toujours saturnien). L’alchimiste du zodiaque reste Saturne -c’est lui qui agit dans la matière. Et la carte qui lui correspond dans le Tarot est l’Hermite.
Pluton agit donc en sous-tâche car il n’intervient pas directement dans le monde des vivants. Il laboure notre inconscient et fait remonter à la surface les déchets non digérés qui bloquent le travail alchimique de Saturne. Il nous offre l’opportunité de les ramener à la lumière pour les reconnaître, les digérer et les transformer en libérant l’énergie ainsi produite qui viendra (r)allumer la flamme créative d’Uranus!
Uranus, considéré aussi comme l’un des prédateurs de Saturne est celui qui brise les structures et libère l’énergie stagnante qui y était enfermée depuis trop longtemps. Le symbole de cette libération dans le Tarot est la carte de la Maison-Dieu. Bien sûr, cette carte comme toute les cartes du Tarot, n’a pas une seule signification. Mais elle y associe quelque chose du combat entre Uranus et Saturne de mon point de vue. Encore une fois, on peut l’envisager comme un combat, mais cela peut se vivre comme une collaboration aussi.

N’oublions pas qu’en astrologie Uranus et Saturne gouvernent ensemble le signe du Verseau. Uranus étant le nouveau maître et Saturne, l’ancien. Ces deux planète ont donc quelque chose à s’apprendre mutuellement et un espace de vie à se partager. Et quand l’un va trop loin (aucune extrême n’est bonne) l’autre est là pour rattraper les dégâts.
Le Mat – un autre symbole d’Uranus -, part, libre de toute contrainte, de tout engagement. Il n’a pas envie de s’encombrer avec les conventions, ni parfois avec des choix qui risqueraient de l’enfermer dans quelque chose qui limiterait sa liberté. Son « cheminement » pourrait s’apparenter à une éternelle fuite en avant – « l’herbe est toujours plus verte ailleurs ». Cependant, l’autre versant de cette liberté est l’absence de but et l’errance à l’infini… jusqu’à la marginalité, la pauvreté et la vie en « hermite solitaire asocial » qui déteste tout le monde et n’a envie d’aller vers personne.
On reviendrait à la même position que l’hermite de Saturne barricadé derrière ses peurs qui observe le monde depuis son château d’ivoire enfermé à triple tour. On n’a certes pas suivi le même chemin, mais le résultat n’est guère différent. Tout cela pour dire que la créativité uranienne ne peut pas s’exprimer en dehors d’un cadre saturnien préalablement défini, sinon elle reste une énergie virtuelle, non incarnée, libre de rêver sa vie, mais ne parvenant jamais à la vivre réellement.
À l’autre extrémité, Saturne, privé de l’enthousiasme uranien, n’est qu’un vieillard aigri et ennuyeux, replié sur lui-même et sur son passé douloureux, qui ne veut donner aucune prise sur son monde intérieur par peur de voir ses barrières transgressées et de souffrir de nouveau. Sauf qu’il souffre déjà à l’intérieur de son monde sans fantaisie et sans surprise. En refusant de reconnaître et d’incorporer le matériau plutonien à son plomb, il empêche l’étincelle de vie uranienne de jaillir pour enclencher le processus alchimique. Saturne aura beau essayer d’éviter la crise en se figeant, en essayant de tout maîtriser, il ne peut résister indéfiniment. Tout comme Uranus ne peut continuer à fuir indéfiniment. La question n’est donc pas de savoir si oui ou non il y aura une crise, mais plutôt quand et comment la crise va se produire.
Car cette résistance peut durer une éternité pour certains. Cela dépend des particularités du thème natal de chacun. Les plus « chanceux » prendront les devants et accompagneront le mouvement à ses débuts. La Maison-Dieu représentera alors pour eux plus une révélation qu’un anéantissement et sa signification de « libération du potentiel créatif » prendra tout son sens.

Les plus résistants souffrirons jusqu’à ce que le souffle divin s’abatte sur la Maison-Dieu faisant voler en éclats les murs épais qui les protégeaient – les emprisonnaient? – jusqu’à présent. Ce « souffle » pourrait prendre la forme d’événement soudain ou non voulu qui chamboulera leur vie et les obligera à regarder enfin ce qu’il y a à l’intérieur d’eux. Et même si cette crise peut revêtir la forme d’une catastrophe au début, à terme elle sera libératrice et évolutive.
La crise fait partie intégrante de la vie humaine. Pourtant on dirait que la plupart d’entre nous faisons tout pour éviter les crises.
Le mot crise proviendrait du grec krisis, qui a le sens d’action ou de faculté de choisir. N’est-ce pas intéressant! La crise et le choix sont intimement liés. Mais vu que nous n’aimons pas trop faire des choix, nous essayons de résister aux crises du mieux que nous pouvons. Quand une crise survient dans notre vie elle nous donne l’impression de venir toujours de l’extérieur. Nous menions une vie paisible et tranquille et quelque chose vient soudainement perturber cette merveilleuse quiétude. Alors que nous n’avions rien demandé! Vraiment? Sommes-nous seulement aussi sûrs de n’avoir rien demandé?
« Ce qui ne vient pas à la conscience revient sous forme de destin.
Carl Gustav Jung, « Psychologie de l’inconscient »
L’attitude négative à l’adresse de l’inconscient, voire sa répudiation par le conscient, sont nuisibles dans la mesure où les dynamismes de l’inconscient sont identiques à l’énergie des instincts. Par conséquent, un manque de contact et de liens avec l’inconscient est synonyme de déracinement et d’instabilité instinctuelle.
Mais si l’on réussit à établir cette fonction, que j’ai dite transcendante, la désunion avec soi-même cessera et le sujet pourra bénéficier des apports favorables de l’inconscient. Car dès que la dissociation entre les divers éléments de soi-même cesse, l’inconscient accorde – l’expérience le prouve abondamment – toute l’aide et tous les élans qu’une nature bienveillante et prodigue peut accorder aux hommes. »
La crise est un passage – un cheminement vers un nouvel état et vers un plus haut niveau de conscience. L’Hermite symbole de Saturne, est également la carte que l’on associe à la crise dans le Tarot. Une carte symbolisant un processus qui demande du temps, de la patience, de l’introspection, du recueillement. Saturne va ainsi s’isoler de nouveau, mais cette fois-ci pas pour se barricader. Il est en train d’effectuer son apprentissage, sa mue vers la prochaine étape de son existence, il bouge… lentement certes, mais il bouge.
L’Hermite n’avance pas d’un pas aussi pressé, léger et enjoué que le Mat. Il a fait des choix et il assume les conséquences de ses choix. Il a pris ses responsabilités et sa lanterne symbolise le recul qu’il est en train de prendre par rapport aux événements passés. Il va se baser sur ses expériences et sa nouvelle compréhension pour avancer. Là où le Mat se précipite ne sachant où il va, l’Hermite avance prudemment mais surement car il sait d’où il vient et il a de ce fait une meilleure idée de d’endroit où il se dirige.
Et il arrive parfois que l’endroit où il se dirige soit précisément celui qu’il avait quitté. Il y revient enrichi de la sagesse de son expérience et de ses prises de conscience. Comme dans le livre « L’Alchimiste » de Paolo Coelho, il se sera rendu compte que le trésor qu’il était parti chercher à l’autre bout du monde se trouvait durant tout ce temps dans sa maison – l’endroit qu’il avait quitté. Mais sans ce voyage, aurait-il compris cela, l’aurait-il trouvé et aurait-il pris conscience de sa valeur? Pas sûr, en effet.
Et l’on revient ainsi sur la phrase qui avait inspiré ma réflexion:
« Pour revenir vers quelque chose, il faut d’abord l’avoir quitté. »

La vie est cyclique. Parfois nous sommes amenés à quitter un endroit, une situation, une personne… Nous faisons le choix de continuer notre route, notre pèlerinage individuel pour vivre notre « légende personnelle ». Mais parfois, au bout d’un certain temps, la vie peut nous ramener vers ce même endroit ou cette même personne, cette même situation. Et parfois non.
Seulement, si l’heure du choix a sonné, nous accrocher coûte que coûte à notre zone de confort (qui paradoxalement est souvent une zone de grand inconfort) ne nous aide pas à être dans le mouvement de la vie et à évoluer. Cela bloque notre énergie et la fait stagner. Il faut avoir la force de lâcher quelque chose (ne serait-ce que son idéalisme), de faire un choix, de choisir une direction, de poser une action et d’avancer. Avec toutes les conséquences que cela amène et que nous ne connaissons pas, pour la plupart.
Quand on fait un choix on a beau réfléchir, mesurer toutes les conséquences de ce choix, en être pleinement conscient… On ne peut pas savoir au moment du choix si ce choix est réellement le « bon ». Les vraies conséquences de notre choix se révèlent toujours a posteriori. Tout comme la valeur de ce que nous avons quitté. Il faut savoir que parfois nous avons besoin de nous éloigner d’une situation ou de quelqu’un pour l’évaluer de façon plus objective et savoir vraiment ce que cela représente pour nous.
Alors et alors seulement, nous serons en mesure de pouvoir y revenir – si tel est notre désir, mais aussi notre chemin. Si nous sommes amenés à y revenir, nous aurons la liberté de faire ce choix en toute conscience. Saturne aura plus de chance dans ce cas de se compoter en alchimiste et constructeur, au lieu d’être un saboteur – car nous aurons accompli le processus et intégré cette prise de conscience jusqu’à nos actes. Il donne de la valeur aux choses et aux situations que nous avons réellement choisies et pour lesquelles nous avons fait un travail qui nous a amené à ancrer ce choix dans la réalité. On a vu que Saturne a besoin d’être très concret et de poser des actions.
Si notre chemin ne passe plus du tout par là, eh bien, il ne nous restera plus qu’à continuer notre route vers de nouveaux horizons! Un peu de nostalgie est permise, mais en aucun cas une vie la tête tournée vers le passé – comme on a parfois l’impression de voir dans la carte de l’Amoureux – qui s’apprête à choisir l’une des deux femmes, mais sa tête reste tournée vers celle qu’il laisse a priori dans le passé… [une interprétation possible parmi tant d’autres]. Cupidon s’apprête à le transpercer de sa flèche pour le faire trancher… ou lui faire quitter enfin l’ancienne situation qu’il ne se résout pas à choisir de quitter.
Il va faire un choix, il va probablement en souffrir – le deuil étant inévitable -, il va contacter ses ténèbres, il va en faire quelque chose de leur matériau pour libérer une nouvelle énergie créatrice, il va finalement se libérer et à terme, il sera devenus plus… lui-même. La carte du Soleil, de l’individualité, du rayonnement personnel symbolise cet aboutissement, le but de toute quête intérieure. Cette carte est aussi le symbole de la réunion de deux parties complémentaires – notre couple intérieur et par extension, du couple que nous pourrions former avec une autre personne. Encore une fois, ce n’est pas surprenant, car c’est dans la relation à l’autre que nous nous révélons le mieux – encore un paradoxe, me direz-vous!
« Tu es toujours libre de changer d’idée et de choisir un avenir différent, ou un passé différent. »
Richard Bach


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