
J’ai encore envie d’écrire sur l’amitié. Tout simplement parce que je viens de passer quatre magnifiques journées avec une amie de très longue date, très chère à mon cœur, et que ces moments m’ont remplie de gratitude envers la Vie et les innombrables cadeaux qu’elle ne cesse de m’offrir.
Quand j’étais jeune, j’étais assez introvertie et j’adorais passer du temps seule. Je me sentais comme un extraterrestre et la plupart des gens autour de moi ne me comprenaient pas et je ne les comprenais pas non plus. Cela ne me dérangeait pas plus que ça car mon propre monde était assez riche et je n’éprouvais pas le besoin d’en sortir ou d’y faire entrer d’autres personnes à tout prix. Je n’étais pas associable pour autant mais pas avide de me mêler à la foule non plus.
C’était en partie la « faute » de ma Lune en Cancer qui adore s’installer confortablement dans la bulle de son monde imaginaire au point d’oublier d’en sortir parfois, tellement les films qui s’y jouent sont intéressants 🙂 D’ailleurs j’inventais sans cesse des contes et des histoires que je me racontais la plupart du temps qu’à moi-même et ça pouvait durer des heures – des jours même! – sans que je ne m’ennuie le moins du monde.

J’étais un peu personnelle sur les bords – trait de caractère que certains qualifieraient d’ « égoïste », mais qui pour moi signifie simplement qu’on habite fermement son territoire – à l’instar de l’Empereur dans l’arcane IV du Tarot qui pour moi a quelque chose de la symbolique du Bélier et peut-être un peu aussi de celle du Capricorne. (Je rappelle que les arcanes du Tarot englobent plusieurs symboles et leur équivalent astrologique – quand il existe – ne se résume pas à un seul signe ou aspect.)
J’ai le Nœud lunaire Sud à 4° du Bélier, ce qui veut dire (entre autres) que je viens d’une vie de guerrier, d’explorateur ou de pionnier – bref, de quelqu’un qui a passé de longs moments tout seul et qui a été obligé d’apprendre à habiter (et parfois à protéger) fermement son territoire et à apprécier sa propre compagnie durant de longues périodes. Et qui ne sait pas toujours bien composer avec la réalité de l’autre.

En ce qui me concerne, durant mon enfance je ne voyais simplement pas l’intérêt de côtoyer des personnes qui n’étaient pas sur ma longueur d’onde et à m’obliger à faire des choses que je n’aimais pas – à jouer à des jeux sans intérêt ou participer à des activités qui ne m’amusaient pas. Alors je me réfugiais volontiers dans ma bulle où je trouvais des choses beaucoup plus intéressantes qu’à l’extérieur, en attendant de trouver peut-être la ou les personnes avec qui partager mes secrets et mes « trésors ».
Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais eu beaucoup d’amis. Durant toute mon enfance j’avais une seule vraie amie, mais qui était comme mon âme sœur: c’était la petite-fille de la voisine de ma grand-mère, qui habitait juste en face. Comme je passais tous les week-ends et toutes les vacances chez mes grands-parents, on était quasi inséparables.
Nos signes solaires étaient en opposition: j’étais Taureau et elle était Scorpion. Ce que dit l’astrologie sur les signes opposés est vrai car on se complétait à la perfection, dans tous les jeux, toutes les activités et même toutes les bêtises que l’on faisait. Toutes mes idées l’enthousiasmaient et toutes ses idées m’enthousiasmaient également.

On avait lu tous les livres de Karl May et on avait rejoué toutes les aventures de Winnetou et Old Shatterhand, en apprenant même à aboyer à la perfection (quelqu’un devait faire le chien de temps en temps!) 😀 On faisait aussi du théâtre pour les mamies du quartier. Elles adoraient ça et nous aussi. (D’ailleurs mon amie travaille aujourd’hui dans un théâtre.) On inventait des histoires ensemble – de longues épopées (un peu comme des romans fleuves) qu’on vivait en temps réel, qui duraient des semaines voire des mois, et qui ne finissaient jamais vraiment.
On se complétait tellement bien que le jour où l’on m’a interdit de faire du vélo (alors que j’adorait ça) à cause d’un problème aux genoux, elle a eu la brillante idée de s’asseoir sur le porte-bagage pour pédaler pendant que je tenais le guidon. J’ai ainsi pu continuer à faire du vélo grâce à elle et c’était l’une des plus belle preuves d’amitié que j’aie jamais eue dans ma vie.

Puis, nos chemins se sont séparés au début de l’adolescence et pendant quelque temps je n’ai plus eu d’amis. À l’âge de 13 ans je suis partie continuer ma scolarité dans le lycée de la ville à côté. J’étais un extraterrestre dans ma nouvelle classe, je ne m’y intégrais pas particulièrement, je n’avais envie de me lier d’amitié avec personne et au début, personne ne cherchait non plus particulièrement à se rapprocher de moi.
Jusqu’au jour où Poli est arrivée. Elle nous a rejoint au début de la deuxième année du lycée et on l’a mise à côté de moi, sur le même banc. La première chose que je lui ai demandée était: « Est-ce que tu fais du ping-pong? » 😀 C’était mon sport préféré. Bon, elle n’en faisait pas, mais nous sommes quand même devenues amies.

Nous avions énormément de choses en commun et énormément de différences aussi. Mais on se complétait, on se motivait et on s’inspirait mutuellement. Son signe solaire était Cancer et moi j’ai ma Lune en Cancer. On aimaient toutes les deux la langue française, les vieilles chansons et la mer. Et plein d’autres choses – comme faire des tas de photos par exemple, même à l’epoque des pellicules 🙂 On n’arrêtait pas de parler et de rire, on était inséparables et l’on se soutenait de toutes les manières possibles.
On passait toute la journée à l’école et après les classes on allait dans un café pour discuter et écrire des lettres à nos amis qui habitaient dans une autre ville. On adorait écrire et nos séances d’écriture étaient un mélange de fous rires, d’inspiration et de conversations philosophiques.

On rêvait de partir faire nos études en France toutes les deux. On écoutait et chantait ensemble des chansons françaises – genre Joe Dassin, Édith Piaf ou Mireille Mathieu -, pendant que tous nos camarades de classe écoutaient les Nirvana, Doors ou Metallica. Bref, on était les extraterrestres de la classe. Mais grâce aux chansons françaises – et à notre excellente prof! – on a bien appris le français 🙂
Les autres étaient tellement habitués à nous voir ensemble tout le temps que quand on voyait l’une sans l’autre on nous demandait ce qui s’était passé. On séchait les cours ensemble et on était toutes les deux très mauvaises en maths.

Nos chemins se sont un peu séparés à la fin du lycée car nous sommes parties faire nos études universitaires dans des villes différentes. Mais on a continué à se voir et à se rendre visite durant toutes nos années de fac, malgré la distance géographique qui nous séparait.
Et en parlant de distance géographique, après la fac je suis effectivement partie vivre en France. De son côté, elle est partie aussi… mais au Canada! Il est devenu beaucoup plus compliqué de se voir. Pour autant, à chaque fois qu’on s’appelait, même au bout de plusieurs mois, on avait l’impression de s’être quittées hier.
Elle est venue me rendre visite à Toulouse en 2008 et nous avons constaté, comme à chaque fois, que notre amitié était intacte. Puis la vie a repris son cours et les aléas de la vie ont fait qu’on ne s’est plus vues pendant de longues années. Sauf brièvement une ou deux fois en Bulgarie, en 2010 et en 2020, le temps d’un déjeuner ou d’un trajet en voiture, entre deux avions.

On se donnait des nouvelles de temps en temps, mais j’avais ma vie, elle avait la sienne et nos pays de résidence et emplois du temps respectifs ne nous permettaient pas de passer beaucoup de temps ensemble – on se voyait en moyenne tous les dix ans. Malgré ses nombreuses invitations, je n’avais encore jamais eu l’occasion de me rendre au Canada.
Il y a un mois, j’ai reçu un message de Poli, m’annonçant qu’elle venait en France pour y passer une dizaine de jours car elle avait besoin de se reposer et de se changer les idées. Elle avait choisi de se rendre près de Nice et elle me proposait de la rejoindre à Nice vers la mi-avril. Quelle belle surprise! Dès le moment où elle m’a annoncé ça, j’ai eu le sourire en sentant la joie m’envahir, et j’ai commencé à compter les jours qui me séparaient de cet heureux évènement!
Comment sait-on qu’une chose est bonne pour nous? À la mesure de la joie qu’on ressent en y pensant. Eh bien, je n’ai pas hésité un seul instant et j’ai pris un billet pour aller à Nice en avril.

Le plus drôle est qu’en 21 ans en France je n’avais encore jamais visité Nice. Pour que la petite anecdote soit complète, il faut savoir aussi que quand j’avais 18 ans j’avais été admise à la fac Sophia Antipolis pour y faire des études de communication. Mais je n’y suis pas allée finalement. Plus tard, en 2014 je devais y rejoindre une autre amie, mais ce voyage était également tombé à l’eau.
Quand on dit que la période de Mercure rétrograde est propice pour REfaire les choses, c’est parfaitement vrai. Non seulement mon voyage à Nice a enfin pu se réaliser mais il a été merveilleux du début à la fin. Aucun retard de train ou autre imprévu ne s’est mis sur mon chemin cette fois-ci.
J’ai retrouvé ma meilleure amie du lycée et c’était comme si nous nous étions quittées la veille! Quatre magnifiques journées où l’on n’a pas arrêté de discuter, de rire, de nous émerveiller, de vibrer de joie et d’enthousiasme – de partager tout dans l’intensité de l’instant présent. Comme au bon vieux temps!
C’était magique, simple, sain et authentique! On a évoqué nos bons souvenirs et on s’en ai fabriqué de nouveaux, on s’est raconté nos joies et nos peines, on s’est amusé, on a célébré la vie et notre amitié, qui – 31 ans plus tard! -, était toujours intacte! Comme la vie peut être surprenante et belle!

Mon amie Poli a la Lune à 4° de la Balance, pile poil sur mon Nœud lunaire Nord. D’après l’astrologie karmique cela indique que nous nous sommes connues dans une vie antérieure et qu’elle favorise mon évolution, et moi la sienne – puisque dans l’existence rien ne se fait à sens unique.
Comme la conjonction se fait au Nœud Nord, cela marque un rendez-vous important et incontournable qu’on s’est donné pour la vie actuelle afin de faire un bout de chemin ensemble. Cela ne m’étonne absolument pas car tout là-dedans « se tient ». Ce lien karmique et incontournable a été éprouvé durant toutes ces années et aujourd’hui encore il participe à mon évolution.
On avait rêvé de partir ensemble en France. Cela ne s’est peut-être pas fait comme on le planifiait durant nos jeunes années, mais on s’est tout de même retrouvées ensemble en France et c’est un bout de notre rêve qui est devenu réalité.
Quand j’avais 18 ans j’ai lu le livre de Barbara De Angelis Les moments vrais: Vivre le présent intensément. L’expérience des quatre derniers jours m’a rappelé l’existence de ce livre car j’ai trouvé que les moments que nous avons vécus étaient vrais et intenses. Le genre de moments qu’on n’est pas près d’oublier.
Et j’ai décidé que d’ici l’année prochaine je pars enfin visiter le Canada🍁


J’ai été très émue par l’anecdote du vélo relatant la solidarité joueuse et enfantine de ton amie. Les larmes sont montées aussi, de ci de là, ton récit faisant écho à mon propre récit de vie. Tu nous as encore régalés d’un beau texte. Merci.
J’ai donc réussi à transmettre l’émotion avec laquelle moi-même je l’ai écrit.
Merci pour ton commentaire!
C’est très beau tout ça ! Merci pour ce partage et ces jolies photos de votre complicité 😊
Tout le plaisir est pour moi 🙂 Merci pour ce commentaire!