C’EST QUOI UNE RELATION « TOXIQUE »?

Ce matin de me suis réveillée avec la gorge en feu, le corps en vrac et quelques autres désagréments physiques plus ou moins gênants que je ne détaillerai pas ici. Je suis une personne dont le mental empêche souvent l’accès à certains affects douloureux – je ne cesse de constater qu’il exerce un contrôle absolument incroyable sur ma capacité à ressentir les émotions les plus pénibles.

Parfois il va un peu trop loin dans son effort de faire barrage aux menaces de tsunamis émotionnels et je me retrouve dans le déni complet de quelque chose qui travaille sous la surface et dont je me surprends à découvrir l’existence après coup. Ce « coup » est souvent porté par un désagrément physique – comme ce matin.

Fort heureusement, le lien avec mon corps est plus réel et conscientisé. Donc, quand mon corps me parle, je l’entends assez rapidement. Cela me permet de mener à chaque fois ma petite enquête pour comprendre mes émotions pénibles et les autoriser à émerger avant qu’elles ne m’empoisonnent.

Aussi, ai-je pris l’habitude, quand mon corps s’exprime de la sorte, de me poser désormais la question du conflit émotionnel sous-jacent – ou d’un résidu émotionnel non-digéré – qui a mené à cet état. Il y a des moments où je n’ai pas à chercher trop loin. Il suffit que je me pose la question de la date du jour et si celle-ci ne marque pas l’anniversaire d’un événement douloureux ou traumatisant. Souvent c’est bingo! Comme aujourd’hui. Je dois bien admettre que le corps est une autre « voie royale » pour accéder à l’inconscient.

Alors, pour entamer la guérison physique, je reconnais que l’affect existe, qu’il est présent en moi sous une forme ou une autre – que ce soit sous forme de résidu appartenant au passé ou sous une forme plus actualisée -, je lui rend hommage en quelque sorte. Puisqu’il a envie de s’exprimer – je lui laisse la parole. Pas parce que ça me fait particulièrement plaisir, mais parce que je n’aime pas quand mon corps souffre et je n’ai pas trop envie de me traîner dans cet état.

Désormais j’ai (re)trouvé un outil absolument fabuleux pour faire descendre la charge émotionnelle qui, à de tels moments, revient sous forme d’écho à certains événements traumatisants. Cet outil c’est l’EFT. Je ne vais pas en parler ici en détails, mais pour ceux qui ne le connaissent pas, Internet regorge d’informations là-dessus.

Moi-même je l’ai redécouvert récemment par le biais d’une thérapeute bulgare qui en vaut vraiment le détour. J’en ferai plus tard un article à part car j’aurai beaucoup de choses à dire à son sujet.

Pour revenir au contexte de mon état de ce matin, j’ai trouvé qu’aujourd’hui était un bon jour pour me pencher sur le sujet de la toxicité dans les relations et essayer de comprendre ce que ce concept renferme en réalité.

Le terme de « relation toxique » est devenu presque banal de nos jours, un peu comme celui de « pervers narcissique ». On pourrait de ce fait facilement imaginer que ce genre de concepts puissent devenir à la longue des fourre-tout très pratiques que l’on serait tenté d’utiliser à tout va pour expliquer des tas de choses beaucoup plus complexes à appréhender. Une sorte d’étiquette passe-partout que pourtant – si on s’y mettait à réfléchir – on aurait du mal à réellement définir.

Vous pensez que j’exagère? Je vous mets au défi de trouver une vraie définition argumentée du terme « relation toxique ». Sans passer par les définitions – un peu trop simplistes et vides de sens – des « coachs et compagnie ». Vous verrez que l’exercice n’est pas aisé. C’est même un vrai casse-tête.

Mais ce n’est pas parce que c’est difficile qu’on va laisser tomber. Pour essayer d’élucider ce mystère une bonne fois pour toutes, je vais procéder par étapes.

À commencer par définir le terme de « toxique ». On commence par le plus facile. Surtout qu’il y a des dictionnaires à notre disposition – et vous savez que j’aime y avoir recours.

On va prendre Le Robert car il est clair et concis, sans trop d’ambiguïtés sur la signification du mot en question:

« TOXIQUE
nom masculin et adjectif

  1. (nom masculin) Poison.
  2. (adjectif )Qui agit comme un poison. (Gaz toxiques). »

Jusque là c’est plutôt compréhensible. Si on fait le lien purement linguistique, on peut en déduire que « relation toxique » est une relation « qui agit comme un poison ». C’est là où les choses se compliquent. Car… comment agit un poison? Certains diront que cela dépend du poison.

Là où l’on serait globalement tous d’accord est que le poison c’est quelque chose de pas bon pour nous et qui est potentiellement – ou assurément – mortel, en fonction de la nature de la substance et de son utilisation. On sait tous que certaines substances peuvent être inoffensives, voire curatives à faibles doses, mais qu’à fortes doses elles peuvent nous tuer.

On sait aussi que les déchets organiques de notre corps sont potentiellement mortels si on les garde à l’intérieur du corps. En revanche, il y a des organismes qui se nourrissent avec et qui s’en servent pour fabriquer par exemple du terreau où d’autres organismes peuvent se développer. Le fumier est un bon exemple très concret 🙂

Dans la riche symbolique des arcanes du Tarot il y a un arcane qui symbolise – entre autres – la toxicité, à plein de niveaux. C’est l’arcane du Diable. Ce qui est incroyable avec le Tarot est que sa symbolique est multidimensionnelle – elle va dans plusieurs directions et agit à plusieurs niveaux. L’arcane XV n’en fait pas exception.

On voit ici le Diable – un personnage bizarre aux allures d’humain et d’animal à la fois – se hisser sur un socle de couleur jaune. À ses pieds se tiennent debout – attachés à la fois au socle et entre eux par une longue corde – deux personnages tout aussi étranges: mi-humains, mi-« diablotins ».

Quand cette carte sort dans un tirage Tarot « basique », les premières associations que l’on se fait malgré soi sont: sexe, argent, dépendance, pulsion, quelquefois « affaire louche », tentation (ne dit-on pas du Diable qu’il est le « grand tentateur »!).

Bien sûr, ces clichés sont un peu réducteurs, mais il nous disent quelque chose sur la signification fondamentale de l’arcane et répondent en surface à la question: « Pourquoi toxique va avec Diable dans le Tarot? »

Si on va cependant plus en profondeur, on découvre que la lame du Diable signifie avant tout les « forces de l’inconscient ». Et qui dit forces de l’inconscient dit énergie créatrice et potentiel non utilisé. L’énergie du Diable dans sa version « non transformée » est puissante et potentiellement dangereuse. On peut dire en effet qu’elle est porteuse d’une forme de toxicité.

C’est de l’énergie à l’état brut, enfermée dans quelque chose qui au départ ne sent pas très bon – il y a une petite analogie avec le Scorpion ici et sa fonction d’élimination des déchets organiques à laquelle on l’associe.

Les déchets qui se logent dans notre inconscient ne sont toutefois pas « organiques ». Ce sont les « déchets » de notre passé, de notre histoire familiale, des blessures et traumatismes de notre enfance, des ombres qui nous habitent.

Elles se transmettent dans les familles et les générations, et au fur et à mesure qu’elles s’y cumulent leur toxicité augmente. Rappelons-nous, si l’on retient à l’intérieur de notre corps ce qui est censé être évacué, à la longue cela nous empoisonnera.

Même chose pour les déchets de notre psychisme. Il faut trouver moyen de les évacuer, de les assimiler à un terreau plus sain qui, au lieu de nous empoisonner pourra servir de nourriture à notre énergie créatrice et transformatrice. Vu que dans l’Univers rien ne se perd mais que tout se transforme.

Seulement, cela paraît beaucoup plus simple en théorie que dans la vraie vie. Dans la vraie vie on ne se rend pas toujours compte de toute la toxicité familiale que l’on peut porter en soi à notre insu. Et parfois on s’en rend très bien compte, mais on ne sait pas quoi en faire pour autant. Alors on remet le couvercle dessus en essayant d’oublier que cela existe.

Mais ça finit par ressurgir – devinez où! – dans la relation intime, bien sûr. Si on n’en est pas conscient, on risque de reprocher à l’autre de nous faire souffrir, voire d’être « toxique » -terme qui nous aura été soufflé par un énième coach en développement personnel (par exemple).

Les coachs en développement personnel aiment parler des « personnes toxiques » – un peu comme des « pervers narcissiques » – en disant qu’il suffit de les repérer et d’éviter de les fréquenter. Ou, si on a le malheur d’être déjà avec, de prendre conscience qu’elles sont « toxiques » et de les quitter. Tout « simplement ».

Voyez-vous, d’après la majorité de ces « coachs », dans une relation « toxique » il n’y a qu’une des deux personnes qui serait toxique, alors que l’autre est parfaitement normale et « saine ». Il y aurait donc un bourreau et une victime. Ou alors un qui est dépendant affectif et qui court après son partenaire « indépendant » qui a juste besoin de liberté. Génial!

Ces thérapeutes oublient-ils le fait – basique pourtant en psychologie – que si l’on était vraiment si « sain » on ne se mettrait pas avec quelqu’un de si « toxique », et vice-versa. C’est impossible. En général, dans une relation nos principales problématiques s’appellent, résonnent et s’attirent.

Si je suis très sain, je serai avec quelqu’un de très sain – essayons toutefois de garder à l’esprit que tout cela reste très relatif. Vous avez saisi le principe – et pas qu’en théorie. Si je suis très blessé, je serai avec quelqu’un qui est aussi très blessé – à ce même endroit, du moins. Parfois j’aurai la blessure opposée mais, étant complémentaire à la blessure de l’autre, elles vont se rejoindre. Car il s’agit des deux polarités d’une même problématique.

Cette courte vidéo décrit ce mécanisme d’une façon assez simple et claire.

Par curiosité, je suis allée voir comment apparait la définition de personne « toxique » chez certains thérapeutes (pas chez celle de la vidéo – que je trouve plutôt assez juste et cohérente).

J’ai pris une au hasard (dont je ne me rappelle plus le nom): « Une personne toxique est « un individu qui empoisonne l’existence d’une personne ou d’autres personnes, qui met mal à l’aise en sa présence, auprès duquel on ne se sent pas aimable ».

Dans l’absolu, pourquoi pas! Sauf que dans la vraie vie, tout est relatif. Tout le monde peut mettre mal à l’aise certaines personnes et empoisonner leur existence à certains moments. Mais d’autres en revanche peuvent trouver cette même personne absolument adorable. C’est un exemple.

Alors, cette personne est-elle toxique ou non? Cela se complique, vous voyez. On peut admettre malgré tout que certaines personnes empoisonnent systématiquement l’existence de toutes les personnes qu’elles côtoient – ou avec lesquelles elles vivent une relation proche – et ce, sans exception.

Mais il faut que ce soit vraiment systématique pour qu’on puisse éventuellement qualifier cette personne de « toxique ». Comme par exemple, un tueur en série ou quelqu’un qui souffre d’une grave maladie mentale.

Dans tous les autres cas, plutôt que de parler de personne toxique il vaudrait mieux parler de relation toxique. Et on revient à ma question du début. C’est quoi une relation toxique au juste?

J’avais parlé dans un de mes précédents articles de la maison VIII en astrologie. C’est la maison analogique au Scorpion et ses significations sont très similaires aux significations du Diable dans le Tarot.

Entre autre, c’est la maison de la sexualité, de la mort et de la transformation. Mais également l’endroit où nous déposons nos traumatismes dans le panier commun de la relation. Et comme la vie est bien faite, ces blessures peuvent rester endormies durant de nombreuses années et ne se réveiller que lorsque nous devenons suffisamment proches avec quelqu’un.

Plus notre histoire familiale et notre inconscient blessé sera chargé de « poison », plus grand est le risque que cette toxicité se distille dans notre relation par la suite. Si j’y mets mes déchets et toi tu y mets les tiens, en fonction de la quantité et de l’importance des déchets, cela peut devenir hautement toxique et il y aura alors un risque pour notre santé voire pour notre vie.

Ou au contraire, le degré de toxicité peut être gérable et l’on peut parvenir à nettoyer et à transformer tout ça au fur et à mesure. Si l’on n’y arrive pas, soit on s’empoisonne – jusqu’à mort s’en suive – soit on quitte la relation.

Ekhart Tolle parle de « corps de souffrance ». Par ce terme il désigne l’accumulation de nos souffrances passées – dont beaucoup sont vécues dans nos jeunes années. Ce corps de souffrance est comme une entité à part entière prête à s’activer à certains moments, en fonction des déclencheurs extérieurs.

La nature du déclencheur n’a alors aucune importance – même une toute petite remarque ou geste innocent que nous percevons dans notre environnement suffisent pour réveiller le corps de souffrance.

Si on a le malheur de nous identifier « par défaut » à notre corps de souffrance, alors celui-ci gérera notre vie et nos relations à notre insu, car il sera actif presque en permanence. Les personnes toxiques sont probablement des personnes chez qui le corps de souffrance est actif en permanence et qui s’identifient à celui-ci, faute de pouvoir d’identifier à autre chose.

En d’autres mots, ils s’identifient à leur souffrance et pas uniquement parce qu’elles ne savent pas comment s’en détacher. Elles ont grandi avec, elles se sont construit avec et elle leur est familière. Si bien que sans ça elles ne savent plus qui elles sont.

Je reviens à la lame du Diable. Les diablotins sont attachés, en apparence contre leur volonté. Je dis en apparence parce qu’ils ont les mains derrière le dos et l’on ne sait pas très bien si leurs mains sont attachées dans le dos ou s’ils tiennent simplement eux-mêmes leur corde – auquel cas ils auraient le pouvoir de se détacher.

De la même manière, quand nous identifions ce qui cloche dans nos relations comme provenant de notre histoire familiale traumatique, pourquoi ne décidons-nous pas de laisser tomber cette histoire? Si elle empoisonne notre psychisme et empoisonne notre relation, pourquoi y restons-nous malgré tout aussi attachés?

Dans le Tarot, le Diable peut avoir aussi une signification de manipulation. Le Diable fait croire aux deux personnages qu’ils sont sous sa coupe et ne pourraient s’en détacher même s’ils le voulaient. Il les hypnotise, les manipule, pour qu’ils restent attachés à leur corde.

De la même manière l’histoire toxique que nous traînons avec nous – parfois à travers plusieurs générations – pourrait s’avérer aujourd’hui une pure manipulation. Dans le sens qu’elle n’est même plus réelle, tout cela appartient au passé.

Et nous, nous n’arrêtons pas de le réactualiser au présent pour entretenir l’illusion que cela nous gouverne à notre insu et pour justifier les choix que nous faisons quand nous nous disons: « Je n’ai pas le choix. ».

Alors qu’il suffirait de nous rappeler que la corde est entre nos mains – et pas entre les mains du Diable. Détachons-nous, bordel! Osons vivre libre de toute cette toxicité! Osons nous aimer pour permettre qu’on nous aime avec un cœur léger ❤

Toute relation dite « toxique » peut être assainie si l’on accepte de faire ce travail de nettoyage, si l’on finit par retrousser nos manches pour enfin sortir les poubelles qui débordent.

Les sortir vraiment et pas juste les changer de place en les mettant chez l’autre pour ensuite pouvoir justifier notre attitude « toxique » envers lui. Y compris quand nous sommes dans le rôle du Pape.

Le Pape (V) a un rapport avec le Diable (XV) dans la suite numérologique du Tarot. Le Pape est le guide, le thérapeute, le guérisseur. Mais comment pourrais-je bien guider l’autre dans la visite de son Diable si je n’ai pas fait au préalable le nécessaire avec le mien?

On ne peut jamais amener l’autre au-delà du niveau que nous avons nous-même atteint, on ne peut jamais le comprendre au-delà de notre propre niveau de compréhension.

Si le Pape n’a pas au préalable visité l’endroit où se trouve son Diable pour y trier ses propres déchets psychiques, ses dépendances, ses pulsions, il peut personnifier lui-même le Diable en entrainant ceux qu’il est censé accompagner vers des dérives en tout genre. C’est le cas de pas mal de gourous… La relation toxique peut aussi exister entre un thérapeute et son client quand le thérapeute prend le pouvoir sur la personne qui vient le consulter.

Ce qui est intéressant dans les relations de pouvoir – le Diable symbolisant entre autre l’emprise et le pouvoir qu’une personne peut exercer sur une autre – est qu’on ne sait pas si c’est la poule ou l’œuf qui est sorti en premier. En d’autres termes, le gourou « gouroutise » ses disciples certes, mais les disciples, à l’image des deux diablotins, se laissent quelque part « gouroutiser », il laissent leur pouvoir entre les mains de celui qui prétend « savoir mieux ».

La conclusion de tout cela? La toxicité aurait peut-être quelque chose à voir avec la dépendance – si ce n’est pas toujours, en tout cas, souvent. La toxicité implique une forme d’abus lié à une incapacité à se détacher – au propre comme au figuré. Se détacher de l’autre, de notre propre image que nous projetons sur l’autre, se détacher de notre histoire, de notre corps souffrant. Attachement et Diable vont souvent ensemble.

Se détoxifier pourrait de ce fait dire se détacher, couper le lien toxique. Ce qui est souvent confondu avec « couper le lien tout court ». Parfois ça peut être utile pendant quelque temps – du moins durant la « période de désintox ». Ou bien en l’absence totale de conscience et de possibilité d’évolution – chez l’un, chez l’autre, ou chez les deux.

Mais couper le lien toxique veut dire surtout couper ce qui nous relie à l’aspect souffrant et malsain de notre propre histoire – qui par extension et résonnance se reflète dans l’histoire de l’autre. Au point que nous finissons par ne plus savoir ce qui nous appartient et ce qui appartient à l’autre. Raison pour laquelle à la fin nous lui faisons des reproches pour des choses qui ne le concernent même pas. Cela nous évite de viser l’angle mort où se cache notre Diable pour l’éclairer et entamer un vrai travail de libération.

N’oublions pas que Lucifer veut dire « porteur de lumière ». Comme le dit Jodorowsky dans son livre La voie du Tarot, le Diable « allume la torche qui organise les ténèbres » et « arrive au pied du Créateur pour lui présenter en offrande le pouvoir de la transformation ».

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