LE TRAUMATISME ET LA GUÉRISON

EXPLIQUÉS PAR GABOR MATÉ

Pour cet article je vais me « reposer » entièrement sur les propos que le docteur Gabor MATÉ a exprimé lors d’un entretien traduit sur la chaîne Youtube Humain souverain.

Gabor MATÉ est un médecin, auteur et conférencier canadien d’origine hongroise que personnellement j’admire pour la profondeur de ses réflexions et pour son humanité.

Il parle beaucoup des traumatismes et de leur rapport avec les affections du corps et de l’esprit – notamment le rôle que joue le traumatisme dans les addictions. Il a écrit – entre autres – le célèbre livre « Dans le royaume des fantômes affamés : Rencontres avec la toxicomanie ».

J’ai retranscrit cet extrait (de ses propos uniquement) parce que je trouve qu’il est important – pour ne pas dire vital – d’en comprendre le sens, si l’on veut véritablement vivre, au lieu de juste survivre, si l’on veut croître et pouvoir nous lier aux autres de façon saine, à partir de la profondeur de notre coeur et non à partir de la surface de notre carapace.

Cela vient un peu dans la continuité de mon précédent article.

(Pour ceux qui veulent voir la vidéo en entier, elle sera insérée à la fin de cet article.)

QU’EST-CE QUE LE TRAUMATISME?

« C’est une question profonde car, d’une part, le terme « traumatisme » est utilisé d’une manière approximative et confuse pour faire référence à des choses qui ne sont pas traumatisantes.

Des personnes vivent une expérience difficile et elles disent qu’elles ont été traumatisées. Mais ce n’est pas le cas: elles ont simplement vécu une expérience difficile. Et comme le souligne l’un de mes collègues, tout traumatisme est stressant, mais tout stress n’est pas traumatisant. Les gens utilisent parfois ce mot pour désigner des expériences difficiles, ce qui n’est pas la même chose que d’être traumatisé.

Et d’autre part, là où ça l’importe vraiment, dans le domaine de la santé – qu’il s’agisse de la santé physique ou mentale – le traumatisme n’est ni assez compris ni assez employé. Donc, je pense que de nombreuses affections du corps et de l’esprit sont en fait intimement liées à des traumatismes, sans que les professions liées à la santé – en particulier, le corps médical – ne le reconnaissent.

Le terme « traumatisme » vient du mot grec pour « blessure ». Le traumatisme est une blessure, une blessure psychique. Qui laisse une cicatrice, qui laisse une empreinte dans votre système nerveux, dans votre corps, dans votre psyché, et qui se manifeste de multiples façons qui vous desservent par la suite.

Donc au sens premier du terme, le traumatisme est une blessure psychique. Et si l’on considère la nature d’une blessure, d’une part si elle est vive et ouverte, elle fait vraiment mal. Alors lorsque quelqu’un touche cette blessure – que vous avez subie il y a longtemps, mais qui n’est pas encore guérie -, vous réagissez comme si elle venait à peine de vous être infligée. C’est ce qui se produit constamment dans les relations.

Et d’autre part, les blessures se cicatrisent et le tissu cicatriciel présente certaines caractéristiques: il est très dur, il est rigide, il n’est pas flexible. Les gens qui ont été traumatisés ont donc tendance à être rigides. Ils ne se développent pas non plus: les traumatismes interrompent très souvent la croissance et le développement émotionnel.

Donc, d’un côté c’est très dur et douloureux et de l’autre, c’est aussi dépourvu de sensations car le tissu cicatriciel ne comporte pas de terminaisons nerveuses. Mais le traumatisme, pour finir, n’est pas ce qui vous est arrivé, le traumatisme n’est pas un incident difficile, il n’est pas la guerre, il n’est pas – dans mon cas – la Seconde Guerre mondiale au cours de laquelle je suis né ou ce qui m’est arrivé. Le traumatisme n’est pas l’abus que les gens subissent. Le traumatisme n’est pas la douleur que les gens ont ressenti. Le traumatisme est la blessure qui en résulte.

Le traumatisme n’est donc pas, par exemple, l’abus sexuel – le traumatisme est la blessure que la personne a subie du fait d’avoir été abusée. Et c’est la bonne nouvelle, parce que, si le traumatisme est la blessure que nous avons subie, elle peut être guérie à tout moment. Alors que si le traumatisme est ce qui m’est arrivé il y a 75 ou 78 ans, on n’y peut rien – il n’y a aucun moyen de changer ça. Vous voyez, la partition de l’Inde a blessé beaucoup de monde, mais rien, rien ne peut changer ça. Mais si la blessure est ce qui en a résulté à l’intérieur des gens – cela peut être guéri. »

COMMENT DEFINIRIEZ-VOUS LA GUÉRISON?

« En hongrois, la première partie du mot « santé » commence par le mot « entièreté ». Donc, la santé signifie littéralement l’entièreté. D’ailleurs, les mots en anglais « healing » et « hael » ont aussi une origine anglo-saxonne qui veut dire « intégralité ». Curieusement, les langues du monde entier ont intuitivement saisi le sens de la guérison, qui est l’aboutissement et l’entièreté.

Maintenant, ce que fait le traumatisme, c’est qu’il nous déconnecte, il nous coupe de notre véritable moi, nous déconnecte de nos émotions, voire même de notre corps. Donc, si cette déconnexion est l’essence même du traumatisme, alors la guérison est la réunification du Moi, son retour à son entièreté.

La guérison est souvent utilisée comme synonyme de traitement – ce qui n’est pas faux, mais curieusement, selon moi (et je ne suis pas le seul à le penser), on peut très bien guérir d’une maladie sans redevenir entier, sans réellement guérir. Et, à l’inverse, il arrive qu’on guérisse sans guérir physiquement. Ce qui veut dire que la guérison n’est pas l’absence de maladie physique mais l’intégralité restaurée d’une personne qui n’est plus séparée d’elle-même.

Y A-T-IL UNE RELATION ENTRE LE TEMPS ET LES BLESSURES?
QU’ARRIVE-T-IL À CETTE BLESSURE SI ON LA LAISSE LÀ?

« Eh bien, la blessure peut rester latente pendant longtemps, puis quelque chose va se produire et la raviver – un élément déclencheur va la raviver. Quelque chose arrive et ravive une blessure non cicatrisée à l’intérieur de vous et vous réagissez comme si vous veniez d’être blessé pour la première fois. Cela a été certainement – je peux vous le dire – le cas pour moi, par exemple dans ma relation conjugale.

Les blessures non guéries, vous pouvez penser les avoir dépassées, mais ensuite quelque chose se produit qui met le doigt sur cette blessure et vous réagissez à nouveau comme si vous étiez tourmenté pour la première fois. Le temps ne guérit pas automatiquement une blessure. Il peut la cicatriser en surface, la rendre moins disponible à la mémoire immédiate, mais si quelque chose se produit, qui la ravive, elle va se manifester de façon tout aussi brutale et douloureuse, jusqu’à ce qu’un travail de guérison soit fait. Le temps lui-même ne guérit pas – ni spontanément ni automatiquement.« 

COMMENT METTRE A JOUR UNE BLESSURE?
COMMENT ACQUIÈRE-T-ON la vulnérabilité au sein
de notre sécurité pour créer cette
stabilité future?

 « La vulnérabilité elle-même est absolument essentielle à la croissance. D’ailleurs le mot « vulnérabilité » vient du mot latin « vulneri » qui signifie « blessure ». La vulnérabilité est donc notre capacité à être blessé.

En réalité, en tant qu’être humain nous sommes tous vulnérables – de la conception à la mort -, cependant lorsque nous sommes blessés dans l’enfance et que la vulnérabilité est trop douloureuse à supporter, nous essayons de l’étouffer en ayant raison. Par exemple, si j’ai raison, je suis puissant et je ne peux plus être assailli, vous comprenez? Mais lorsque nous faisons cela, nous arrêtons de grandir.

Dans la nature les choses ne poussent que là où c’est vulnérable. Un crustacé, comme un crabe dans sa carapace dure, ne peut pas grandir: il est obligé de se rendre vulnérable et de muer pour grandir. Un arbre ne pousse pas là où le sol est dur et épais, n’est-ce pas, il pousse là où il est mou, vert et vulnérable. La vulnérabilité est donc absolument essentielle à la croissance.

Et pour être vulnérable il faut abandonner ses défenses: comme le fait d’avoir raison – que l’on a développé dans l’enfance pour se protéger de la douleur. C’est pourquoi nous parlons de douleur croissante car la vulnérabilité est nécessaire à la croissance. Sans vulnérabilité il n’y a pas de croissance. »

« La vulnérabilité est notre capacité à être blessé. »

(Merci à Humain Souverain pour la traduction de l’interview et pour la vidéo!)

« Les humains naissent souples et vulnérables; 
morts, ils sont raides et durs.
Les arbres et les plantes naissent tendres et élastiques; 
morts, ils sont secs et cassants.
La raideur et la force sont les compagnes de la mort ;
la souplesse et la faiblesse sont les compagnes de la vie. »

(« Tao Te King », Lao Tseu, chap. 76)

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