LES OISEAUX SE CACHENT POUR MOURIR

(EN GUISE D’HOMMAGE À RICHARD CHAMBERLAIN)

Il y a trois jours, en ouvrant mon Facebook, j’ai appris le décès de l’acteur Richard Chamberlain à l’âge de 90 ans. La génération de mes parents connaît très bien les personnages qu’il avait joués dans Les oiseaux se cachent pour mourir et Shogun, dans les années 1980. Pour ma part, même si je sais très bien qui est cet acteur, je n’ai qu’un vague souvenir de ces deux séries – j’étais un peu jeune à l’époque.

En revanche, je me rappelle très bien du roman Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen McCullough, qui a inspiré la série et que j’ai lu au milieu de mon adolescence. C’était un de mes livres préférés à l’époque où j’étais au lycée et que j’étais amoureuse de mon prof de sport 🙂 Je me rappelle que j’en recopiais des passages entiers dans un joli cahier en me plongeant dans l’histoire de l’amour grandiose et impossible entre Meggie et le prêtre Ralph de Bricassart. Vénus-Neptune dans toute sa splendeur 😂

Il s’avère que c’est le livre australien le plus vendu au monde – paru en 1977, il a été diffusé à plus de 30 millions d’exemplaires depuis. En tout cas je l’avais adoré. Et dévoré! Même aujourd’hui, il y a certains passages que je connais par coeur (merci ma mémoire émotionnelle!).

Des années plus tard, j’ai souvent réfléchi à la légende qui a été citée au début du livre et qui sert de « support » à toute l’histoire. L’histoire racontée dans le livre est belle et bien écrite, et même si à l’époque il n’y a que l’amour qui m’intéressait là-dedans, avec du recul je me rends compte que le livre soulève toute une série de questions philosophiques qui vont bien au-delà d’une banale histoire d’amour impossible.

En fin de compte, l’histoire n’est pas si banale que ça et c’est peut-être là, justement, où nous nous fourvoyons – en pensant qu’une histoire d’amour est banale, parce qu’elle ressemble à (tant) d’autres.

À quel moment nous cessons d’admettre que l’amour est sacré et nous commençons à lui préférer d’autres aspirations? Pourquoi l’amour ici-bas – qui reste toujours notre essence divine-, doit-il s’opposer à l’amour de Dieu?

Pourquoi un type d’amour doit-il s’opposer à un autre et l’exclure? Le vrai amour n’est-il pas par nature inclusif, au lieu d’être exclusif? Plus j’aime à partir de la source divine qui est en moi, plus je grandis et plus ma capacité d’aimer augmente – et plus je me sens connecté à tout ce qui est.

Au final, l’amour fait-il réellement souffrir? Ou est-ce notre propre compréhension de l’amour qui produit cet effet, sous l’influence de nos conditionnements socio-culturels et de nos traumatismes d’enfance?

Oui, ce livre peut soulever toutes ces questions. Et plein d’autres. Il faut d’ailleurs que je le relise, même s’il est long.

« Selon une légende, il est un oiseau qui ne chante qu’une seule fois de toute sa vie, plus suavement que n’importe quelle autre créature qui soit sur terre. Dès l’instant où il quitte le nid, il part à la recherche d’un arbre aux rameaux épineux et ne connaît aucun repos avant de l’avoir trouvé. Puis, tout en chantant à travers les branches sauvages, il s’empale sur l’épine la plus longue, la plus acérée. Et, en mourant, il s’élève au-dessus de son agonie dans un chant qui surpasse celui de l’alouette et du rossignol. Un chant suprême dont la vie est le prix ! Le monde entier se fige pour l’entendre, et Dieu dans son ciel sourit. Car le meilleur n’est atteint qu’aux dépens d’une grande douleur… ou c’est du moins ce que dit la légende.
(…)
L’oiseau à la poitrine percée d’une épine suit une loi immuable ; il ne sait pas ce qui l’a poussé à s’embrocher et il meurt en chantant. À l’instant même où l’épine le pénètre, il n’a pas conscience de la mort à venir ; il se contente de chanter et de chanter encore jusqu’à ce qu’il n’ait plus de vie pour émettre une note de plus. Mais nous, quand nous nous enfonçons des épines dans la poitrine, nous savons. Nous comprenons. Et pourtant, nous le faisons. Nous le faisons. »

Aujourd’hui cette histoire me rappelle quelque part le poème de Gibran sur l’amour, qui sonne comme une sorte d’injonction. Une injonction à comprendre la vraie nature de l’amour et à agir en conséquence. Pas par masochisme, mais parce qu’au final nous nous soumettons à une volonté supérieure à la volonté de notre ego. Sur ce chemin, la douleur est peut-être inévitable, mais la souffrance, elle, est une option. Ou devrait-on dire plutôt, un choix?

Si on comprend cela, on comprendra que la source de toutes les souffrances , obstacles et divisions qui opposent l’amour à tout le reste qu’on croit (à tort) plus important – devoir, ambition, voire « Dieu » – n’est autre que l’ego, ce petit moi emprisonné dans ses masques et conditionnements qui craint constamment pour sa survie. Car il ne comprend pas que l’amour est la réponse à tout! À absolument TOUT!

L’ego divise là où le Moi divin (ré)unit. Or, Dieu est Amour, et quand nous nous soumettons à l’amour, en réalité nous sous soumettons à la volonté divine. C’est simple au final. Et l’oiseau qui chante sa plus belle chanson, pendant que l’épine lui transperce le coeur, le « sait » et ne peut en faire autrement. Même si ça doit lui coûter la vie.

« Quand l’amour vous fait signe, suivez le. Bien que ses voies soient dures et rudes. Et quand ses ailes vous enveloppent, cédez-lui. Bien que la lame cachée parmi ses plumes puisse vous blesser. »

Khalil Gibran, « Le Prophète »

L’histoire de Meggie et du prêtre Ralph de Bricassard n’est-elle pas une parfaite illustration de l’amour qui n’a pas d’autre volonté que celle de s’accomplir? Quand bien même, il serait « impossible » car « interdit ». Quand bien même ce chemin serait difficile, voire mortel…

« Et ne croyez pas que vous puissiez diriger le cours de l’amour.
Car si l’amour vous trouve digne, lui-même guidera votre cœur.
L’amour n’a point d’autre désir que de s’accomplir.
« 

(Khalil Gibran, « Le Prophète »)

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