Le syndrome du raisin vert

(ou la dévalorisation de l’objet convoité)

Hier je suis tombée sur l’extrait d’une vidéo de Mikhail Labkovsky, le psy russe très médiatisé qui ne se lasse pas de donner des « recettes-miracle » aux femmes au sujet de leur vie sentimentale. Ses réponses – souvent très pragmatiques – à leurs questions m’inspirent parfois des réflexions un peu plus profondes sur certains sujets.

La question d’hier portait sur la difficulté de se détacher d’une personne qu’on a aimée et dont on s’est séparé. Comment faire, concrètement?

Labkovsky donne une « recette » simple et radicale, que l’on pourrait controverser à souhait, mais qui semble néanmoins assez logique. Selon lui, le moyen le plus efficace de cesser de regretter l’absence de quelqu’un, est de « diminuer la valeur » de cette personne dans notre esprit. Cela vous paraît-il logique, à vous aussi?

À moins d’avoir des tendances masochistes ou sacrificielles, nous ne jetons pas à la poubelle quelque chose (ou quelqu’un) qui a encore de la valeur à nos yeux. Si une chose ou une personne est précieuse pour nous, nous aurons envie de la garder dans notre vie – et, bien évidemment, nous souffrirons si nous perdons cette personne ou cette chose. Telle est la nature humaine.

Donc, logiquement, lorsque quelqu’un à qui nous trouvions des tas de qualités sort de notre vie, nous avons envie de le « récupérer » (même quand c’est nous qui sommes à l’origine de la rupture – cherchez l’erreur).

Eh bien, selon Labkovsky, pour arrêter de souffrir et de vouloir récupérer l’objet de notre désir, nous devons lui trouver moins de qualités (voire pas de qualités du tout). En d’autres mots, nous devons faire en sorte de dévaloriser en quelque sorte l’objet perdu (ou inatteignable).

Je ne sais pas pour vous, mais moi, cela me fait penser à la fameuse fable du renard qui avait renoncé à atteindre le raisin (qui se trouvait trop haut) sous prétexte qu’il était « trop vert ».

Fox standing on a dirt path looking up at hanging green grapes on a vine

Dans un langage métaphorique, on pourrait imaginer que si nous « convoitons » quelqu’un que nous plaçons trop haut dans notre estime, nous pouvons simplement décider d’y renoncer en le dévalorisant pour que son absence (ou l’impossibilité de l’atteindre) nous soit plus supportable.

En astrologie il existe un aspect (dont je parlerai dans un prochain article) qui génère la peur de l’abandon et qui pourrait donner un autre « syndrome » à l’origine de paradoxes et de stratégie d’évitement en tout genre au sein de nos relations.

C’est ce que Scott Peck appelait « je te quitterai avant que tu ne me quittes » – et qui est la manifestation d’une grande insécurité affective et la peur constante que la relation peut se rompre à tout moment sans que l’on puisse y faire quelque chose.

Si je ne suis pas sûr.e de pouvoir garder l’être aimé auprès de moi (encore une fois, si je le mets trop haut dans mon estime et que je me place en-dessous), je vivrai dans la peur constante de le perdre et je finirai par précipiter la rupture pour mettre fin à cette tension – qui, chez certaines personnes, peut être assez importante et quasi constante.

Consciemment, je peux avoir de super bonne raisons « objectives » d’agir ainsi, mais inconsciemment la seule raison qui motivera mon comportement sera la peur de ne pas maîtriser « la destruction de la tour » quand celle-ci surviendrait (à l’image de la Maison-Dieu dans le Tarot). Au fond, ces personnes sont persuadées que ce crash est inévitable et vont se prémunir contre la souffrance en le provoquant – pour essayer d’en maîtriser en tant soit peu les effets.

Ensuite, elles pourront éventuellement passer à l’étape de la dévalorisation: « De toute façon, on n’avait que de mauvais moments. Cette personne était toxique pour moi. Elle était bourrée de défauts. » Le pire « défaut » étant: « Il (où elle) allait me quitter de toute façon, tôt ou tard. Pourquoi rester avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête ? »

Parfois, pour se persuader d’avoir pris la bonne décision, on n’hésitera pas à dévaloriser la personne aimée auprès de notre entourage, afin qu’ils se rangent de notre côté et nous confortent dans notre décision.

Aussi, il n’est pas rare d’entendre de la part de nos amis ou famille: « Cette rupture est la meilleure chose qui te soit arrivée. » Cela nous rassure sur la « pertinence » de notre démarche (ou de la sienne – au cas où nous aurons tout fait pour saboter la relation en poussant l’autre vers la sortie, à force de le « tester »).

Ce genre de stratégie (de dévalorisation de l' »objet convoité ») marche-t-elle vraiment sur le long terme? Cela dépend. Si le décalage avec la réalité est trop grand, tôt ou tard la vérité (de ce que l’on savait au fond de nous) se fera un chemin et les conseils de Labkovsky ne tiendront peut-être pas la route.

En réalité, il ne s’agit pas tellement de « dévaloriser » l’objet de notre désir, que de le voir objectivement, tel qu’il est, sans les filtres de notre haine (ou de notre amour) – et par la même occasion, de nous voir tels que nous sommes. Ni trop bons ni trop mauvais. Et généralement, si nous avons été avec quelqu’un, c’est que cette personne était à peu près au même niveau de conscience que nous – sinon, nous n’aurions jamais pu être ensemble. Et si nous ne sommes plus ensemble, c’est qu’au moins l’un de nous deux a changé de fréquence et nos vibrations ne se rejoignent plus.

Parce que dans la vie rien n’est aussi simple qu’il n’y parait, rappelez-vous aussi la « règle de 2-1-3 » que j’avais évoquée dans un précédent article : la valeur d’un objet que l’on désire avant que nous l’ayons obtenu est 2. Une fois que nous l’avons obtenu, cette valeur passe à 1. En revanche, la valeur de ce même objet, une fois que nous l’avons perdu, remonte à 3. 

Cela rend un peu plus difficile la dévalorisation que prône Labkovsky – et qui, « sur le papier », semble être une solution pratique et indolore à notre difficulté à nous détacher de quelqu’un. Mais comme d’habitude, dans la « vraie vie », les choses sont un peu plus complexes que cela. Nous ne sommes (heureusement) pas des machines.

Je ne parle même pas du vrai amour ici – qui est un sujet à part et qui n’a rien à voir avec l’attachement névrotique généré par nos carences affectives et blessures d’enfance, mais qui les fait tout de même ressortir au grand jour, précisément pour nous donner une chance de nous guérir.

Cela dit, Labkovsky est un gars très sympathique et (de mon point de vue) et ses conseils et réflexions ne sont pas dépourvus de logique. Mais la plupart du temps, on ne peut les appliquer que comme des pansements à court terme, le temps d’effectuer un vrai travail en profondeur sur nos schémas dysfonctionnels.

[« Si vous voulez une vie heureuse, arrêtez d’avoir peur! »]

Les miracles existent, mais ce que l’on appelle « miracle » n’est rien d’autre que la conscience qui nous traverse et nous transforme – en apparence « soudainement », parfois. Sauf que pour permettre cela, il faut se rendre ouvert et disponible – et l’on ne devient pas ouvert et disponible sans avoir parcouru un minimum de chemin d’évolution – qui, sur la planète Terre ne se fait pas en deux secondes, et bien loin de là!

La boucle est ainsi bouclée en réalisant que les transformations « simples et faciles » n’existent simplement pas. Il faut avoir « labouré suffisamment » à l’intérieur de soi (et de son histoire familiale et trangénérationnelle) pour parvenir à une véritable – et durable – transformation.

De toute façon, une transformation est toujours durable si elle est réelle. C’est à cela qu’on la reconnait. L’autre critère est qu’elle génère des modifications dans la réalité extérieure de la personne. En d’autre mots, si quelqu’un vous dit « j’ai changé, je ne suis plus la même personne », mais que ses schémas répétitifs et les circonstances de sa vie restent exactement les mêmes à long terme- c’est que la vraie transformation n’a pas encore opéré. La compréhension intellectuelle ne mène pas toujours à une transformation réelle – il faut, de un, que ça descende dans les tripes, et de deux, que ce soit suivi d’actions.

Et je ne sais pas si vous êtes au courant, mais on est des champions de l’auto-illusion, de la paresse, de la fuite de soi et de l’évitement de notre propre évolution. Nous passons une grande partie de notre vie dans le déni et une autre grande partie dans la négociation et la « tricherie » avec nous-même – pour éviter de nous transformer et vivre uniquement avec l’illusion d’une réelle transformation, en restant bien au chaud à l’intérieur de notre zone de confort.

« Je veux que quelque chose change, mais j’ai peur de changer quoi que ce soit! »

Es-tu seulement au courant que tu es là – précisément – pour ça? Pour (toujours) changer, expérimenter, naître et mourir à ton ancienne version – et recommencer, encore et encore !

❤️

Cet article vous a plu? Restons en contact 🙂

Abonnez-vous à ma lettre d’information pour ne manquer aucun nouvel article!

Que pensez-vous de tout ça?