LA PLACE DES TECHNIQUES « ALTERNATIVES » EN PSYCHOLOGIE

Un débat plutôt enflammé

[temps de lecture 12 minutes]

Une psy applique une technique alternative sur sa patiente.

Je suis récemment tombée sur un débat enflammé dans un groupe Facebook au sujet d’une psychologue qui aurait « osé » pratiquer une technique énergétique sur l’une de ses patientes. Alors que certains la félicitaient pour son ouverture d’esprit, d’autres condamnaient sévèrement ce « grand n’importe quoi » – qu’ils s’empressaient de qualifier en termes peu flatteurs.

Au vu de la virulence de certains commentaires, je me suis posé la question – très légitime, à mes yeux: « Pourquoi tout cet acharnement? »

Pout y répondre, comme d’habitude, il y a le sommet de l’iceberg et puis, ce qui se joue sous la surface.

Voyez-vous, selon les défenseurs de la psychologie traditionnelle un.e psy n’a pas à introduire dans sa pratique des techniques pseudo-scientifiques qui n’ont jamais prouvé leur efficacité.

Très bien. Mais – ma question préférée – pourquoi? Pourquoi un.e psy ne devrait pas compléter sa pratique par des techniques thérapeutiques dites « alternatives »?

« Parce que le code de déontologie stipule… »

« Parce que le cadre légal impose de se baser sur des preuves scientifiques… »

« Parce que sans cadre légal, c’est la porte ouverte à tous les abus… »

« Parce que cela peut nuire au patient… »

Toutes ces raisons pourraient être valables…dans l’absolu.
Sauf que dans la vraie vie tout est relatif. Y compris – et surtout – la thérapie de la psyché. En d’autres termes, on veut appliquer une valeur absolue à un processus qui, par défaut, échappe à toutes nos tentatives de l’enfermer dans un bocal stérile.

L’humain est quelque chose de vivant chers amis! L’avons-nous oublié? Vous êtes vivant.e!

Notre cerveau craintif est, sous de nombreux aspects, encore très primitif. Il a essentiellement pour but de nous garder en vie – exactement comme il le faisait à l’époque où nous habitions encore dans les cavernes. Et pour nous garder en vie, il privilégiera toujours la sécurité au détriment de l’évolution – et de l’élargissement de nos horizons.

C’est une des raisons qui explique pourquoi bon nombre d’entre nous préfèrent raisonner en noir/blanc; vrai/faux; bon/mauvais. Nous avons horreur des paradoxes et des nuances. Nous nous barricadons volontiers derrière les murs épais de nos certitudes et tentons sans cesse de nous protéger contre l’ouverture d’esprit.

Cette fameuse ouverture a beau ne pas être une « fracture du crâne » (comme qui disait), elle nous effraie. Des fois qu’elle nous obligerait à remettre en question nos croyances – sur qui nous sommes et sur le monde dans lequel on vit – et par là même, à rectifier les cartes obsolètes de la réalité qui nous entoure.

Imaginez, vous vous réveillez un jour pour constater que la réalité n’est absolument pas telle que vous l’avez laissée la veille. Ce serait trop inconfortable – limite angoissant.

« Si je perds ce en quoi je crois, est-ce que je continuerais malgré tout d’exister? »

« Si me me mets à croire autre chose, est-ce je serais toujours aimé par mon entourage? »

« Si je change d’orientation, est-ce que je serai toujours respecté par mes pairs?

Le monde au-delà de nos frontières connues est terrifiant. L’immensité de ce que nous ne connaissons pas et ne comprenons pas menace de nous engloutir. Nous ne sommes pas prêts à prendre le risque de nous y perdre.

Alors nous nous défendons bec et ongles contre toute nouvelle information susceptible de nous tirer hors de notre zone de confort. Nous avons peur qu’au-delà de cette zone il n’y ait personne et que nous nous retrouvions tout seuls et perdus à jamais.

Et si malgré tout une nouvelle information devait passer à travers nos filtres de sécurité, alors nous préférons la recevoir de la main d’une « autorité sachante » – le gouvernement, l’OMS, le journal de 20h, nos parents, notre médecin, notre professeur – à chacun ses propres sources « fiables » de « vérité » qu’il ne se résout pas facilement à remettre en question.

Nous avons tendance à prendre pour argent comptant ce qui vient d’une autorité que nous considérons comme plus compétente que nous et en qui nous avons confiance. C’est louable, mais la plupart du temps nous faisons cela pour ne pas prendre la responsabilité de tester nous-même la validité des informations – et risquer, à nouveau -, de perdre notre tranquillité d’esprit, voire même notre vie.

L'autorité sachante - le Pape

Bien sûr, nous ne sommes pas spécialistes dans tous les domaines. Nous avons besoin de faire confiance à ceux qui – du moins en théorie – sont censés savoir mieux que nous.

Cependant, lorsqu’il s’agit de notre propre santé, par exemple – qu’elle soit physique ou mentale – nous avons tout de même notre part de responsabilité dans la façon dont nous allons recevoir et traiter les informations reçues. Notre corps nous appartient, de même que notre psyché.

Ce principes est d’autant plus valable que sous le couvert de l’autorité, certains spécialistes ne se gênent pas à commettre des abus sur ceux qui ont placé leur confiance en eux – quand bien même de l’extérieur leur pratique respecterait parfaitement le cadre légal.

Il serait donc utile de garder à l’esprit que la présence de cadre légal n’est pas un garde-fou contre les abus, et peut même dans certains cas ouvrir encore plus grand la porte aux dérives en tout genre – commises la plupart du temps en toute impunité.

De ce fait, le nombre de psychologues qui – consciemment ou par incompétence – ont abusé de leur pouvoir sur leurs patients et ont mis le « cadre » au service de leurs propres besoins ou projections est plus élevé qu’il n’y paraît.

On veut toujours que quelque chose vienne nous protéger de l’extérieur, mais hélas, c’est nous qui devons utiliser notre sens critique et parfois notre intuition pour nous prémunir contre certains « débordements » et reconnaître quand un thérapeute est « louche ».

Certes, une personne en détresse psychologique (ou en plein transfert) est moins apte à avoir ce recul. Mais ce n’est pas parce qu’il existe un cadre ou une loi, que celle-ci nous protège avant de subir les éventuels dégâts de la part d’un psy peu évolué ou qui aurait des déséquilibres psychologiques avérés.

La même chose est valable pour les médecins. Surtout à notre époque où la médecine se transforme souvent en business assez lucratif qui ne tient plus aucun compte du serment d’Hipocrate et de son principe: Primum non nocere [D’abord, ne pas nuire].

Un bon médecin de l'époque examine un enfant qui lui fait totale confiance.

Et que dire de l’époque où la médecine cramait – littéralement – le cerveau des patients et enfermait des personnes saines dans des asiles psychiatriques? Malheureusement on ne peut pas dire que cette époque est tout à fait révolue.

On continue malgré tout d’avoir une confiance presque aveugle en nos médecins. C’est comme voyager en train: on sait qu’il y a plus de risque d’incident en train qu’en avion, mais paradoxalement notre cerveau est beaucoup plus en confiance dans un train délabré que dans un avion moderne. Le mot « train » véhicule beaucoup plus de sécurité que le mot « avion ».

Tout comme le mot « médecin » inspire davantage confiance que le mot « astrologue » ou « praticien reiki ». Bon, visiblement on a oublié que le père de la médecine – Hippocrate en personne – était aussi astrologue.

En effet, parmi les autorités sachantes il y en a qui se sont imposées au fil des siècles comme pratiquement intouchables. Un médecin, cela inspire confiance à la plupart des gens. Par extension, si l’on nous associe au corps médical – ou à un autre corps de métier historiquement « stable » et « respectable » – on a logiquement plus de légitimité. Et notre champs d’action sera plus grand.

C’est ainsi que l’on préfère « mélanger » encore aujourd’hui la psychologie avec la médecine. D’ailleurs, le débat auquel j’ai assisté sur Facebook n’a pas tardé à se transformer en débat enflammé sur la médecine.

« Parce que le reiki, ce sont des conneries, et la médecine chinoise, ce n’est pas de la vraie médecine… »

La psy en question avait utilisé une technique énergétique qui état censée agir sur la psyché par l’intermédiaire du corps.

Texte CORPS différent de PSYCHOLOGIE

Une autre règle non écrite en psychologie « pure » est que le corps est en quelque sorte un sujet tabou. On sépare volontiers le corps et le psychisme. On ne touche pas son « patient ». Bien qu’aucune interdiction légale stricte n’existe en la matière, les codes de déontologie des psychologues imposent une extrême prudence en ce qui concerne les pratiques corporelles.

Alors pourquoi la médecine – qui s’occupe essentiellement du corps – semble être toujours la « grande amie » des psychologues?

Historiquement, cela se tient. Les grands pionniers de la démarche clinique en Europe – Freud et Jung – étaient des médecins psychiatres. La première licence de psychologie en France a été créée par un psychiatre (Daniel Lagache). Charcot, un nom que tout le monde a plus ou moins entendu, était neurologue – donc, encore un médecin. Pierre Janet – qui a été l’un des premiers a utiliser le terme de « psychologie clinique »- était aussi médecin (mais également philosophe). Et bien sûr, Lacan – qui pourrait l’oublier, surtout en France! – était aussi psychiatre.

Comment cela s’explique-t-il?

A la fin du XXe et le début du XXe siècle la psychologie en tant que discipline universitaire (encore moins profession) n’existait pas encore. Pour que l’étude de l’esprit humain puisse être prise au sérieux et avoir une légitimité, il fallait l’adosser à la science »reine » de l’époque – la médecine (encore et toujours).

C’est drôle car à la fin du XIX siècle la psychologie existait déjà dans les universités européennes mais en tant qu’une sous-branche de la philosophie.
(Je me suis toujours dit que la psychanalyse était une formidable discipline philosophique – et que son utilité devrait probablement s’arrêter là.)

Donc, nous avons d’un côté la très « scientifique » médecine – et de l’autre, la très « philosophique » philosophie. Et la psychologie a cherché sa place quelque part au milieu.

Aujourd’hui, au XXIe siècle, l’a-t-elle trouvée? Ou continue-t-elle encore à chercher – cette fois-ci du côté des méthodes énergétiques et autres thérapies dites « alternatives »? L’EFT, l’EMDR, les constellations familiales, la psychomagie, le chamanisme?

Attention cependant! En France, mélanger toutes ces techniques à de la psychologie « pure » s’apparente à de l’hérésie… « pure ». La France n’est pas la seule « puriste » en la matière.

Même si je connaissais ce cloisonnement des disciplines thérapeutiques propre au système français (et à d’autres pays européens), j’ai été un peu choquée par le ton négatif – voire ouvertement agressif – d’une grande partie des commentaires dans ce groupe Facebook. De constater qu’il y avait tous ces gens encore prêts à envoyer des sorcières au bûcher!

Je me suis rappelé ce que mon ancien ostéo (paix à son âme) m’avait dit un jour: « La France est un pays sclérosé. » A l’époque je n’avais pas très bien compris le fond de sa pensée, mais je crois que je commence à saisir ce qu’il voulait dire par là.

Je ne sais pas si la France (qui reste mon pays de cœur) est un pays « sclérosé », mais force est de constater que le Français aime son confort (matériel, mais aussi intellectuel). Le nombre de français qui partent dans un autre pays et sont agacés parce qu’on ne parle pas leur langue là-bas! Ou parce qu’ils ne trouvent pas ce qu’ils mangent tous les jours au petit déj. Mais ouvrez-vous un peu à la nouveauté, bordel! Essayez autre chose, voyez si ça vous plaît et si cela fonctionne pour vous. Levez votre nez du guidon et mettez-vous à expérimenter en tant soit peu le mouvement de la vie!

Effectivement, je parle des Français (alors que je suis à moitié Française), mais c’est valable pour tout un chacun, peu importe le pays dans lequel il vit.

Nous ne sommes plus au XIXe siècle (ni même au XXe), et le monde dans lequel on vit évolue à une vitesse assez spectaculaire. Même le temps ne s’écoule plus de la même manière qu’avant. Alors pourquoi voudrait-on figer le temps et les époques – et continuer à jurer uniquement par des théories dépassées et des certitudes « moyennageuses »?

Par peur, évidemment! Et pour certains, par cupidité et soif de pouvoir.

Une psy et son patient discutent paisiblement dans un cabinet humain et cosy.

Cependant, il faut se rendre à l’évidence. Aujourd’hui au XXIe siècle un psychologue n’est pas médecin – quand bien même ses compétences relèveraient en partie de la « santé mentale ». On dirait cependant que bon nombre de psychologues recherchent encore aujourd’hui cette légitimité que seule la médecine était capable de donner à une époque (déjà révolue).

Peut-être parce que pendant très longtemps la psychologie était assimilée à de la « simple » philosophie et cela ne lui conférait ni prestige ni pouvoir?

Est-ce cette peur d’être relégué au rang de discipline « commune » et sans statut particulier que la plupart des psys appellent leurs clientèle « patientèle » et se méfient de tout mélange « douteux » avec des domaines moins « légitimes »? Des fois que cela viendrait entacher leur réputation de discipline « scientifique » et « sérieuse ».

Fort heureusement, dans d’autres pays il y a des psys qui sont aussi… astrologues (par exemple). Liz Green, la fondatrice d’une école d’astrologie psychologie en Angleterre, en un bon exemple.

En Russie (et dans d’autres pays) il est très courant qu’un médecin soit aussi astrologue (comme Hippocrate ou Nostradamus) ou énergéticien, ou qu’un psychologue pratique en même temps des méthodes « alternatives ».

Au risque de décevoir les grands défenseurs des méthodes « purement scientifiques », il faut rappeler que la psychologie n’est pas une science exacte et elle ne l’a jamais été- c’est une science humaine. Bon, si l’on y réfléchit, la médecine pourrait être qualifiée aussi de science humaine – car elle concerne en grande partie l’humain. Mais ne chipotons pas.

Tout cela pour dire qu’en ce qui concerne les méthodes psychologiques « scientifiquement prouvées », on peut largement en débattre…

Mais je laisserais la suite de cette réflexion pour mon prochain article – où je vous partagerai ma propre expérience avec la psychologie combinée aux méthodes alternatives.

En attendant, n’hésitez pas à me partager en commentaire votre propre vision sur le sujet – ou toute réflexion personnelle que cet article vous inspire!

❤️

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