MEMENTO MORI !

(Souviens-toi que tu vas mourir!)

Quand dans un tirage Tarot on tire l’Arcane sans nom, on ressent tout de suite une sorte de malaise. Cette carte a beau être « sans nom » – elle provoque souvent des réactions du genre: « Ah non! C’est la Mort! Il va m’arriver quelque chose d’horrible! »

Outre le fait que le Tarot ne sert pas vraiment à prédire l’avenir, il ne travaille pas non plus avec des notions de « blanc » ou « noir ». Il n’y a donc pas de « mauvaises » cartes là-dedans. Et pourtant, on préfère malgré tout tirer Le Soleil, l’Impératrice ou Le Jugement, que Le Pendu, La Maison-Dieu ou l’Arcane sans nom – cette dernière étant considérée par beaucoup comme la pire de toutes. D’ailleurs dans le Tarot de Rider Waite elle est directement appelée « la Mort ». Appelons un chat un chat!

Pourquoi avons-nous si peur de ce mot – la mort? Que véhicule-t-il pour la plupart d’entre nous? À quoi nous fait-il penser? Si la mort n’existait pas, serions-nous plus heureux? Notre vie autrait-elle plus de sens? Comment le savoir – puisque nous sommes tous mortels, et en tant que tels, nous ne pourrons jamais connaître les avantages et les inconvénients de l’immortalité. Non?

Dans la mythologie grecque et romaine, les mortels envient souvent l’immortalité des dieux, mais d’un autre côté les dieux n’envient-ils pas aussi secrètement les mortels de… pouvoir en finir un beau jour avec tout ce bordel qui dure à l’infini? De pouvoir tomber amoureux comme un humain – de façon délicieuse et imparfaite. D’expérimenter l’intensité et la vulnérabilité d’une vie humaine – vivante, fragile et faillible . N’est-elle pas si belle et intense précisément parce qu’elle est vulnérable et temporaire – et ne tient souvent qu’à un fil?

Pourquoi, d’après vous, les dieux et déesses de la mythologie préféraient souvent faire l’amour avec des mortel.le.s, plutôt qu’avec d’autres dieux ou déesses? La mort et la vie sont inséparables. En fait, ce sont deux polarités qui font partie d’un tout.

Je disais dans un précédent article qu’en astrologie, la maison VIII est considérée comme la maison de la mort, mais c’est aussi la maison des expériences sexuelles intenses susceptibles de nous transformer – celles où se crée un partage émotionnel profond qui ouvre les brèches de notre inconscient (hélas, souvent traumatique).

« Nous sommes des visiteurs de ce monde. » – je ne me rappelle plus où j’avais entendu ça. Auriez-vous remarqué que quand on part en voyage pour visiter une autre contrée, on vit ses plus belles aventures, on apprend le plus de choses utiles à notre évolution, on vit le plus grand inconfort – mais aussi, on s’amuse le plus. On se sent le plus vivant.

J’avais une amie qui avait vécu et travaillé dans une région d’Afrique touchée par une guerre civile. Elle m’a raconté qu’elle n’avait jamais fait autant l’amour de sa vie qu’à cette époque-là – quand on cotoie la mort au quotidien, le sexe incarne encore plus qu’en temps normal la pulsion de (sur)vie. Même si on appelle l’orgasme « la petite mort », c’est une énergie qui permet dans ce genre de situations d’apprivoiser la peur de la mort, de conjurer en quelque sorte le sort en nous faisant rester du côté de la Vie. Après tout, c’est l’acte par lequel notre propre vie est conçue.

Commencez-vous à saisir l’utilité de (l’idée de) la mort? Toujours pas?

Je pense qu’on ne peut comprendre ce genre de leçons que si on en fait l’expérience. Et dans ce type d’expérience il y a divers degrés d’intensité. Cela va de la « fausse menace de mort » à l’EMI (expérience de mort imminente) en passant par des incidents ou des problèmes de santé plus ou moins graves qui nous poussent à changer notre perspective sur la vie. Plus l’expérience est grave et impactante, plus elle risque d’être transformatrice. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle.

Tous ceux qui ont côtoyé la mort, de près ou de loin, racontent que cela les a rendu plus vivants et a apporté plus de sens à leur vie. Soudainement ils ont réalisé toute la beauté de leur existence « ordinaire » où auparavant ils ne s’épanouissaient pas vraiment. Cela a totalement changé leur perspective sur la vie et le monde qui les entoure.

Pourquoi?

D’une part, parce que l’être humain est ainsi fait qu’il ne se met à apprécier une chose que lorsqu’il l’a déjà perdue – ou qu’il est face au risque de la perdre. Et quoi de plus précieux qu’une vie humaine? Quoi de plus fragile et de plus… court?

Quand j’avais 20 ans mon père m’a dit un jour: « La vie est tellement courte. Dans 15 minutes tu vas te réveiller de ta sièste et tu vas avoir 50 ans. » C’était trop abstrait pour moi à cette époque. Aujourd’hui, les 15 minutes se sont presque écoulées et je suis déjà « dangeureusement » proche du moment où je constaterai que plus de la moitié de ma vie est passée à la vitesse d’un éclair. Je réalise à quel point la métaphore de mon père était vraie, mais je réalise également que la vie peut s’arrêter beaucoup plus tôt – car personne ne sait lequel de nos au revoir sera le dernier.

Et, puisque nous ne le savons pas, pourquoi continuons-nous à nous faire la guerre au lieu de passer notre temps à faire l’amour (par exemple)? Pourquoi continuons-nous à agir motivés par la peur au lieu de faire les choses par amour – pour nous-même et pour les autres? Pourquoi nous maltraitons-nous et maltraitons-nous les autres?

La vie humaine est réellement trop courte. Bien sûr, le temps n’est qu’une illusion et il peut s’écouler plus lentement en fonction de la vitesse à laquelle on « avance ». On parlera de cela une autre fois. Mais le fait est qu’une fois ici, nous n’avons pas « tout notre temps » – et bien loin de là.

Or, que faisons-nous de cette ressource précieuse qui nous est offerte pour les fins de notre expérience sur Terre ? Nous la gaspillons allégrement, de façon totalement irrésponsable, dans l’ignorance de ce qu’elle représente. Dans l’ignorance de sa finitude. Techniquement, nous savons que nous allons mourir mais nous préférons « ne pas y penser ». Et justement, en oubliant que notre temps ici est limité et que le gong peut sonner d’un instant à l’autre, nous oublions de véritablement vivre. C’est ainsi que nous semblons être déjà morts bien avant l’heure.

Alors arrive parfois dans notre vie une crise – petite ou grande – qui nous sort de cette inertie et nous « réveille » à ce qu’est véritablement la vie. La mort décide de se rappeler à nous pour nous rappeler pourquoi nous sommes ici – au cas où nous l’aurions oublié. Parfois une seule crise ne suffit pas – il nous en faut plusieurs dont l’impact monte crescendo et nous frappe à chaque fois un peu plus fort. « Vas-tu te réveiller cette fois-ci? »

Avec un peu de chance, la première crise va s’avérer « fausse » après coup- c’est une ruse de notre âme pour nous réveiller sans (encore) nous faire subir trop de dégâts. C’est comme un premier avertissement, un « carton jaune » qui nous invite à rectifier le tir – et rapidement – avant d’envoyer l’artillerie lourde. Mais allons-nous seulement écouter?

Allons-nous véritablement changer de trajectoire ou bien, après avoir constaté que c’était une « fausse alerte » nous allons choisir de continuer exactement comme avant? Aucune crise ne survient dans notre vie pour nous faire retourner à notre vie d’avant. Nous sommes toujours censé modifier quelque chose – voire prendre un virage à 360°. Obligatoirement.

Car voyez-vous, dans la vie tout est une question de choix – je ne vais pas recommencer à vous expliquer cela. Ou peut-être si?

L’inspiration à écrire cet article m’est venue avant-hier soir, en réfléchissant à l’origine de ma bonne humeur et de ma vitalité de ces dernières semaines. Je me sens revivre – au propre comme au figuré. Alors que j’ai eu un hiver un peu « pourri ». Je n’irai pas jusqu’à dire que toute l’année qui l’a précédé a été pourrie, mais c’était une période de transition assez particulière où je n’étais pas réellement dans le flow du changement que j’avais moi-même initié. Je l’avais choisi mais pendant plusieurs mois j’avais l’impression de le subir. Je n’étais pas alignée avec le flux de ce que je vivais. J’avais encore un pied dans le passé – et ce passé était tenace.

Vous me direz, c’est normal, une transition n’est jamais immédiate – surtout quand on a la maison IV en Taureau (un signe fixe, et le plus fixe du zodiaque, qui plus est!). Mais chez moi ça va bien au-delà. Quand la IV en Taureau est impliquée – dans mon cas, pas tant physiquement qu’émotionnellement -, c’est hard. Je me vivais comme Sisyphe, qui pousse son rocher tous les jours jusqu’au sommet de la montagne et – bim! – celui-ci retombe systématiquement, et le lendemain il faut recommencer.

C’est à peu près comme ça que j’aurais résumé mes efforts d’adaptation à ma nouvelle vie. Oh oui, il y avait de super moments, c’est vrai, et presque tous le jours. Mais, comme je disais – le lendemain il fallait recommencer à reconstruire cet enthousiasme qui ne tenait pas et retombait comme un soufflet. Une chanson, une odeur, une image suffisaient pour me faire regretter en deux secondes le passé et ce que j’avais laissé derrière moi. À me sentir perdue et à me demander ce que je faisais là où j’avais choisi d’aterrir.

Parfois quand on vit des drames là où ils n’existent pas, la vie se charge de nous en fabriquer – pour savoir au moins pourquoi on souffre. « Je vais te donner une gifle, au moins tu sauras pourquoi tu pleures. » C’est ainsi que vers la fin de l’année dernière j’ai vécu un épisode pas très cool. Suffisamment pas cool pour me dire, mince je n’ai pas eu le temps de vivre que ma vie va déjà se finir. J’avais des idées un peu morbides, en effet – et la raison n’était pas tout à fait subjective. Se dire qu’on n’a pas eu le temps de véritablement vivre et qu’on n’a pas fait grand-chose de sa vie jusqu’à présent est un constat assez perturbant. Il suffit que la mort vous souffle dans le cou – même pour « faire semblant », comme c’était dans mon cas – pour reconsidérer votre perspective sur à peu près tout.

C’est là où généralement on se dit: « Si je m’en sors, j’arrête les conneries, promis. »

Alors, quand on vous annonce la bonne nouvelle, arrive le soulagement. Puis vous avez un choix à faire. Continuer votre vie comme avant. Ou (re)commencer à véritablement vivre. Car si tout cela vous est arrivé (que la crise ait été vraie ou » fausse ») c’était pour vous secouer. Si vous n’étiez pas très profondément endormi, le coup aura été plutôt léger – comme une petite tape d’avertissement. « C’était une fausse alerte. Ouf! Je peux me rendormir. » Ou pas. Ou complètement me réveiller – ouvrir grand les yeux sur la beauté de la vie et sur ce qui compte vraiment.

Comprendre que la vie est courte et précieuse. Et qu’il faut la vivre en y mettant du vrai sens. La prendre comme un jeu, comme un voyage intéressant, plein de rebondissements – où la zone de confort est une vraie zone de mort potentielle. Et quand on parle de confort, on ne vise pas juste un canapé et la télécommande. C’est le confort de nos fausses croyances, de nos « filtres » obsolètes qui nous font voir les choses en noir et souffir pour des chimères. Alors que la réalité autour de nous est remplie de couleurs, de beauté et d’amour. Surtout d’amour.

Donc, maintenat que j’ai entamé la deuxième année de ma nouvelle vie ici, je suis enfin enthousiasmée – pour de vrai! – et en paix avec moi-même. Et Dieu que c’est bon! Oui, je m’étais peut-être un peu assoupie ces dernières minutes, mais heureusement, j’ai le sommeil léger et je compte profiter des 10 ou 15 minutes qui me restent sur cette terre (je suis optimiste,je sais) en étant pleinement réveillée et présente à la Vie – et à ma vie.

La Vie, « c’est ce qui nous arrive pendant qu’on prévoyait autre chose » – et c’est parfait ainsi!

La mort est là pour nous apprendre comment être en vie. Et, pour citer mon amie Marion lors de notre récente conversation téléphonique – « je veux mourir vivante » (j’ai trouvé ça excellent!).

Pendant les quelques semaines de la fin de l’année dernière où je pensais encore avoir quelque chose de (bien plus) grave, j’ai fait un rêve très psychanalytique un après-midi lors de ma sieste.

J’avais rendez-vous chez ma psy au château de Foix (?!), mais je n’avais pas eu le temps de repasser chez moi pour me changer, et surtout, pour mettre des chaussures plus confortables car le chemin pour y aller était abrupte et j’étais en… tongues. Donc, je suis partie sans y être vraiment préparée. Et pour couronner le tout, je me suis un peu perdue en route, ce qui risquait de me mettre encore plus en retard.

Puis, tout d’un coup, j’étais devant le château de Foix. Mais il ne fallait pas se réjouir trop vite car quelqu’un me barrait la route et ne voulait pas me laisser passer. C’était un… démon. Le démon avait l’aspect de quelqu’un qui pense à mon bien, mais en le voyant de plus près j’ai compris qu’il était mauvais. Il m’a dit qu’il était venu « pour moi » et que je ne pouvais pas lui échapper. Je lui ai demandé gentiment de de me lâcher et de me permettre de continuer ma route en insistant que j’étais très en retard et qu’en plus, je n’étais pas celle qu’il croyait.

Alors il m’a dit: « Je ne te lâcherai pas si facilement. Pas avant que tu ne me prouves qui tu es. »

Qui je suis? En voilà une question intéressante. Mais le démon ne me demandait pas ça en réalité. Il me demandait de lui prouver qui j’étais. Cela supposait que je le savais déjà. En effet. Au fond de moi je savais qui j’étais, pourtant je continuais à vivre comme si je ne le savais pas. Si ma vie ne reflète pas qui je suis, alors je vis une vie factice, je m’éloigne de moi. Or, pour être en bonne santé (physique comme psychique) il ne faut jamais se quitter. J’étais en train de me quitter. Il fallait que je recommence à m’habiter, que je revienne en mon centre – et vite.

C’est ce que je me suis dit quand je me suis réveillée et que j’ai essayé d’analyser mon rêve – qui était assez troublant. Pas plus tard que la veille j’avais décidé de retourner chez la psy pour continuer à travailler sur mes mémoires traumatiques, pour justement essayer de me (re)trouver. Je m’étais dit que si quelque chose pouvait me « sauver », c’était de trouver et défaire le noeud psychique à l’origine de mon état de santé.

Et puis, quand j’ai relu ce que j’avais noté dans un cahier à propos de ce rêve, j’ai remarqué que j’avais écrit « château de Foi« . En voilà un drôle de jeu de mots. Notre inconscient est d’une intelligence remarquable. Il me fallait retrouver la foi – en moi et en la Vie – voire la foi en Dieu, comme je l’ai compris plus tard. Pas d’une manière religieuse, mais d’une manière universelle: uni-vers-elle. Croire au « Plan cosmique », à l’esprit du Tout. Comprendre que ce plan s’exécute toujours parfaitement dans l’ordre et qu’il n’y a jamais aucune erreur. Faire confiance au destin et vibrer à l’unisson du courant de la Vie.

Nous sommes éternels et ne pouvons pas réellement mourir – juste changer de forme. Mais durant ce court laps de temps qui nous est alloué dans cette forme précise sur cette terre, nous allons jouer le jeu que nous avons choisi au préalable – aux côtés d’autres joueurs, qui seront nos coéquipiers, et qui sont nos autres « versions de nous-même ». Nous allons collaborer entre nous – même quand cela ne semblera pas être le cas. Nous allons collaborer à ce que chacun soit davantage lui-même pour pouvoir contribuer à l’épanouissement du Tout.

« – Un jour, nous allons mourir Winnie.
– Oui, mais tous les autres jours, nous allons vivre Porcinet! »

❤️

Cet article vous a plu? Restons en contact 🙂

Abonnez-vous à ma lettre d’information pour ne manquer aucun nouvel article!

Que pensez-vous de tout ça?