LE PRIX DE LA LIBERTÉ

Ce week-end j’ai eu la chance de me rendre au festival bulgare Uzana poliana fest qui se tient désormais tous les ans sur le site pittoresque d’Uzana dans les montagnes, non loin de la ville de Gabrovo.

Je remercie encore le destin de m’être menée au bon endroit et au bon moment, pour vivre des moments pleins d’énergie constructive et de prises de conscience libératrices.

Un de ces moments a été la conférence de Rozmari De Méo, une femme au caractère bien trempé, fervent défenseur de la langue et culture bulgares et auteure du best-seller Стопанката на Господ. Un livre dont le titre n’a jamais été traduit en langue étrangère, puisqu’il est si spécifiquement bulgare que toute tentative de traduction déformerait son sens – et n’a d’ailleurs du sens que pour les bulgares. [En français cela pourrait donner La maîtresse de Dieu – et ce serait un jeu de mots car dans le livre « Dieu » est en réalité le nom d’une… chèvre!]

Ce livre, en grande partie autobiographique, raconte l’histoire d’une jeune femme bulgare, expatriée depuis de nombreuses années en Italie et mariée à un riche et bel italien qui, à l’occasion d’un voyage dans un petit village des montagnes bulgares, rencontre une femme âgée qui l’initiera aux rituels oubliés de son pays d’origine et aux véritables richesses de sa langue et culture.

La jeune femme, qui cherchait un remède à ses problèmes de santé (et accessoirement un sens à sa vie), vit un moment fort et se sent tellement happée par ce qu’elle est en train de (re)découvrir – sur elle, sur ses racines, sur sa mission ici-bas – que cela devient le point de départ d’une toute nouvelle vie qui la mènera vers la découverte d’elle-même et de sa véritable force et identité.

En Bulgarie elle retrouve son énergie perdue et se sent incapable de retourner en Italie après ce séjour. Elle divorce, quitte sa vie tranquille et bien ordonnée à l’étranger pour se réinstaller en Bulgarie et devenir la disciple de la dame des montagnes, qui va lui enseigner tout son savoir et lui révéler sa raison d’être.

C’était un livre que j’avais offert à ma mère il y a pas mal d’années et que je n’avais jamais lu avant la fameuse « crise Covid » – à une période où, pour des raisons objectives et subjectives, j’étais en pleine remise en question quant à la direction que devait prendre désormais ma vie.

L’histoire dans ce livre a tellement résonné avec mon propre état d’esprit (et en grande partie avec ma situation du moment), que j’y ai vu un signe me confirmant que ce que je ressentais était bel et bien légitime – même si ce n’était encore qu’une graine qui allait germer pendant plusieurs années, avant que je puisse en faire quelque chose de concret.

J’étais en Bulgarie à la fin de l’été 2020 pour mes vacances annuelles qui devaient durer 15 jours… et qui (pour des tas de raisons) se sont transformées en un séjour de… 4 mois.

Les événements qui m’ont obligée à prolonger mon séjour ne faisaient que refléter ma perte de direction… et de sens. Les repères de ma vie d’expatriée en France étaient en train de se fissurer.

C’était le début d’un transit de Pluton opposé à ma Lune et le « grand laboureur » était déjà en train de créer les conditions d’une transformation qui allait durer plusieurs années et qui avait pour but de me rendre plus vivante et plus authentique.

Comme disait ma prof d’astro: « On sait quand un transit de Pluton commence, on ne sait jamais quand il finit. » Le processus de transformation que ses puissante énergies enclenchent peut se poursuivre pendant de nombreuses années après la fin effective du transit.

Pour rappel, Pluton ne prend rien qui soit encore sain, valable et en cohérence avec ce que nous sommes au plus profond de nous. L’apparente « destruction » ne concerne que ce qui est construit sur un terrain toxique, illusoire et en profond décalage avec notre véritable direction et mission.

Pluton enlève la « chair morte » pour nettoyer et régénérer ce qui est encore sain et vivant, et lui donner une chance de s’épanouir. Il insiste pour libérer les cadavres de notre passé toxique afin qu’on arrête d’être leur esclaves et qu’on cesse de les nourrir de notre énergie – afin qu’on retrouve notre véritable force et authenticité.

En réalité, on peut dire que Pluton travaille pour nous libérer, au même titre d’Uranus, mais en utilisant d’autres moyens (un peu plus inconfortables voire carrément douloureux).

Pour revenir au festival de ce week-end, j’ai eu la chance d’assister à une conférence de Rozmari De Meo sur la liberté. Il faut savoir que les deux sujets de prédilection de cette dame sont la liberté et l’identité bulgare.

C’était le 18 juillet, l’anniversaire du plus grand héros national bulgare, Vassil Levski – ce nom est le meilleur symbole de liberté que mon pays ait jamais connu.

Surnommé l' »Apôtre de la liberté », personne d’autre dans l’histoire bulgare ne s’est autant battu pour la liberté de son pays. En effet, il a consacré sa vie entière à organiser la libération de la Bulgarie du joug ottoman au 19e siècle, et il est mort trahi par son propre peuple (il a été dénoncé par un prêtre et pendu en 1873).

Rozmari de Meo a donc commencé son discours par la question: « Qui parmi vous se sent libre et pense que nous vivons dans un pays libre? Et pourquoi? »

S’en est suivi un débat très intéressant qui m’a fait réfléchir à de nombreuses questions. Dont la première c’était celle de la liberté.

Pourquoi (ne) se sent-on (pas) libres?

Rozmari De Meo nous a proposé 9 pistes de réflexion pour définir notre degré de liberté dans la présente existence:

  1. Vivez-vous à l’endroit où vous voulez avec les personnes qui vous apprécient et vous apportent de la joie au quotidien?
  2. Faites-vous un travail [que vous aimez], pour lequel vous êtes doué et qui vous permet de voir vos efforts valorisés?
  3. Sentez-vous libre d’exprimer votre propre vérité et besoins de joie [au quotidien]?
  4. Etes-vous en paix avec votre propre conscience?
  5. Etes-vous digne et entier en toutes circonstances?
  6. Avez-vous au moins un rêve réalisé?
  7. Avez-vous au moins un rêve transformé en but?
  8. Votre vie a-t-elle des couleurs?
  9. Etes-vous en paix avec l’idée de la mort et de la vieillesse?

Trouvez-vous facile ou difficile de répondre à ces questions? Si vous parvenez à y répondre, comment définiriez-vous, en fin de compte, votre degré le liberté [selon Rozmari De Meo]?

J’ai trouvé cet « exercice » particulièrement utile. Cela m’a fait réfléchir à des tas de choses.

J’ai un Soleil opposé à Uranus et plusieurs planètes personnelles en aspect fort à Uranus – et, en « prime », Uranus collé à mon MC! La question de la liberté est donc très importante pour moi.

Mais d’un autre côté, mon Soleil en Taureau en maison IV aspire à paix et à la « tranquillité » d’un foyer confortable et secure, et ma Lune en Cancer en maison VII espère partager toute cette vie douillette et idyllique « au pays de Candy » avec un partenaire doux, romantique, attentionné et bienveillant.

Il y a comme une contradiction là-dedans…

D’un côté, Uranus « le révolutionnaire », qui ne supporte pas l’enfermement, la routine et ne cesse de défier le statu quo et de secouer la paix et la tranquillité avec ses aspirations utopiques à une « liberté totale et absolue », qui aime bouger, découvrir, provoquer, réformer, donner régulièrement des coups de pied dans la fourmilière.

Et de l’autre, les composantes lunaires de mon thème qui ont horreur du chaos et du changement brusque, et se sentent déstabilisés à la moindre secousse ou conflit.

D’autant que, selon l’Enneagramme, je suis un 9 qui a horreur du conflit et de la séparation. Un 9 aspire à quelque chose qui lui échappe et lui échappera toujours – la paix et la tranquillité. Pour la simple raison qu’on est sur terre pour évoluer et qu’on n’évolue pas en obtenant d’emblée tout ce qu’on veut – ou qu’on pense vouloir.

Le désir illusoire du 9 d’être toujours en paix fait qu’il évite de s’impliquer (surtout dans sa propre vie) pour ne pas risquer de « tout foutre en l’air ». Et c’est exactement de cette façon qu’il « fout tout en l’air ».

Et c’est le principe de tout les types de l’Enneagramme – chacun avec ses qualités et défauts. Un 8, par exemple, dont la plus grande peur est d’être faible et dépendant, fait tout pour éviter la vulnérabilité – et c’est précisément cela qui le rend encore plus faible et dépendant des autres. Bizarrement, les circonstances de sa vie le mettent souvent dans des situation où il sera dépendant de quelqu’un – ne serait-ce que par l’obligation d’en prendre soin. Eh oui!

Tout comme, dans sa recherche compulsive de paix et de tranquillité, le 9 se mettra souvent dans des situations qui seront tout sauf paisibles et tranquilles.

Longtemps j’étais en difficulté devant ce paradoxe. Récemment j’ai appris que tous les paradoxes peuvent être conciliés – ce qui était déjà une bonne nouvelle. Bien sûr, la théorie est toujours plus facile que la pratique.

L’autre jour, en écoutant Rozmari De Meo, j’ai eu le déclic au sujet de mon conflit entre paix et liberté. Elle a dit la chose la plus importante que j’avais besoin d’entendre ce jour-là:

« Si vous voulez la liberté, vous devez renoncer à la tranquillité. Vous ne pouvez pas avoir les deux. »

C’était si simple – et limpide de clarté.

La liberté, comme toute chose, a un prix. Ce prix, c’est d’assumer la responsabilité des conséquences de ses choix [de vivre libre]. Et l’une de ces conséquences est effectivement, une forme de « fébrilité uranienne », d’instabilité, de perte de tranquillité – parfois purement matérielle, parfois affective, parfois existentielle.

Le bonheur n’est pas nécessairement confortable, comme qui disait. Etre libre suppose de quitter sa zone de confort en renonçant – ne serait-ce que temporairement – à certaines formes de sécurité.

Si l’on pousse cette réflexion encore plus loin, on arrive à la fameuse citation de Benjamin Franklin:

« Ceux qui sont prêts à abandonner une liberté fondamentale, pour obtenir temporairement un peu de sécurité, ne méritent ni la liberté ni la sécurité. »

Etes-vous d’accord avec cette affirmation?

Quoi qu’il en soit, les questions de Rozmari De Meo m’ont permis de faire la paix avec ma propre contradiction au sujet de la liberté. Jusqu’à présent j’ai toujours essayé de concilier l’inconciliable – d’avoir la tranquillité [la sécurité] et la liberté.

Or, la liberté suppose de se libérer de cette attente irréaliste et d’accepter de vivre « sur le fil du rasoir » – mon Taureau doit accepter d’être « secoué » par Uranus et d’agir en conséquence.

Quant à ma Lune, eh bien, elle voudra toujours son « cocon » (on ne peut pas modifier les éléments fondamentaux de son thème). Mais plus que d’un cocon physique, elle pourrait se contenter d’un cocon émotionnel – compatible avec les bouleversement uraniens (et non l’inverse).

Mon maître de IV (le foyer) est Vénus et elle se trouve dans un signe double (Gémeaux). De plus, elle est aussi maître de ma maison IX (l’étranger).

Vivre entre deux pays a l’air de me convenir (et le mariage à l’étranger aussi, par la même occasion). Même si la force de mes racines (la IV) sera toujours en Bulgarie.

J’accepte désormais de payer le prix de ma liberté. Et, vous savez quoi? Je retrouve une certaine forme de paix dans cette idée!

❤️

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